L’Institut du monde arabe (IMA) à Paris a dévoilé la sélection officielle des finalistes du Prix du Design 2026, une distinction devenue en quelques années un rendez-vous incontournable pour les créateurs, designers et architectes du monde arabe. Les projets retenus illustrent la vitalité d’une scène créative en pleine effervescence, où le design se nourrit des savoir-faire traditionnels, des enjeux environnementaux et des nouvelles pratiques architecturales.
Cette édition confirme une évolution majeure : le design contemporain arabe ne se limite plus à l’objet ou au mobilier. Il devient un véritable outil de réflexion sur les territoires, le patrimoine, les matériaux, les usages et les défis sociaux de notre époque.
Une plateforme pour révéler les talents du monde arabe
Présidé par l’architecte égyptienne Shahira Fahmy, le jury du Prix du Design 2026 réunit des personnalités de premier plan issues des univers du design, de l’architecture, des médias et des institutions culturelles. Il est composé de Sheikha Reem Al Thani (Qatar), directrice générale adjointe d’Al Riwaq, Art public et Rubaiya Qatar au sein de Qatar Museums ; Mette Degn-Christensen (Émirats arabes unis), directrice de Downtown Design; Aidan Imanova (Émirats arabes unis), responsable éditoriale d’AD Middle East ; Michèle Maria Chaya (Liban), architecte et cofondatrice de MARIAGROUP ;
Memia Taktak (Tunisie), architecte et fondatrice de l’agence DZETA ; Nicolas Bellavance-Lecompte (Canada/Italie), directeur fondateur de NOMAD ; Daniele Gerkens (France), directrice de la rédaction d’ELLE Décoration ; Ali Khadra (Émirats arabes unis), éditeur et fondateur de Canvas ; Arnaud Morand (France/Arabie saoudite), commissaire d’exposition et responsable Arts & Industries créatives à l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) ; Samer Yamani (Émirats arabes unis), curateur et directeur de Creative Dialogue ; ainsi que Frédéric Imbert, coordinateur technique de projets transversaux aux Manufactures nationales.
La présence de l’architecte d’intérieurs tunisienne Memia Taktak au sein de ce jury international témoigne de la reconnaissance croissante de l’expertise tunisienne dans les domaines de l’architecture, du design et de la création contemporaine.

Le patrimoine réinventé par le design
Les projets finalistes témoignent d’une remarquable diversité d’approches.
Certains réinterprètent les formes vernaculaires et les traditions artisanales du monde arabe, tandis que d’autres explorent les matériaux biosourcés, les biomatériaux, les installations artistiques ou encore la reconstruction post-conflit.
Parmi les projets les plus marquants figurent notamment :
- « Saraab », une collection qatarie qui revisite les jeux de lumière des mashrabiyas à travers des objets contemporains ;
- « Ma’dan », du designer suédo-irakien Alexis Sizar, inspiré des architectures en roseaux des Arabes des marais du sud de l’Irak ;
- « What Remains: Atlas of a Disappearing Casablanca », qui documente la disparition progressive du patrimoine moderne casablancais ;
- ou encore la reconstruction du complexe Al-Nouri à Mossoul, symbole de la renaissance patrimoniale de l’Irak après les destructions de la guerre.
L’ensemble de ces propositions traduit une tendance forte : le design devient un vecteur de mémoire, de résilience et de transformation des territoires.
La Tunisie à l’honneur grâce au studio ALTIN
Parmi les finalistes de la catégorie Artisanat contemporain, la Tunisie est représentée par le studio ALTIN, fondé par Yasmine et Mehdi, un duo de designers dont la démarche fait dialoguer artisanat traditionnel tunisien et création contemporaine.
Leur projet, « Our AlUla Trilogy », est né d’une résidence artistique en Arabie saoudite. Réalisées en bois de palmier, fibrillum et fibres végétales, les trois pièces sculpturales rendent hommage aux paysages d’AlUla tout en établissant un dialogue entre deux cultures du palmier : celle de la Tunisie et celle de l’Arabie saoudite.
Le projet illustre parfaitement l’une des grandes tendances du design contemporain : faire du patrimoine artisanal un terrain d’innovation plutôt qu’un simple héritage à préserver.


Quand architecture, artisanat et innovation convergent
Au-delà du palmarès, cette édition du Prix du Design met en évidence l’évolution des pratiques créatives dans le monde arabe.
De nombreux finalistes sont architectes de formation. Leur travail dépasse désormais le bâtiment pour investir le mobilier, les matériaux, les objets, les installations ou encore les espaces publics. Cette transversalité traduit une vision où architecture et design participent ensemble à la fabrication de nouveaux modes d’habiter.
Le recours à des matériaux locaux, à des savoir-faire artisanaux, aux biomatériaux ou aux technologies contemporaines révèle également une volonté de répondre aux enjeux environnementaux tout en valorisant les identités culturelles.
Une vitrine du design arabe de demain
À travers cette sélection 2026, l’Institut du monde arabe confirme son ambition de faire du Prix du Design une plateforme internationale de promotion des talents du monde arabe.
Entre innovation, artisanat, patrimoine, architecture et création contemporaine, les projets finalistes dessinent les contours d’un design profondément ancré dans son territoire tout en dialoguant avec les grands enjeux du XXIᵉ siècle.
Pour les architectes et designers, cette sélection constitue une source d’inspiration, mais aussi un témoignage de la capacité du design à devenir un levier de développement culturel, économique et environnemental à l’échelle régionale et internationale.
Lien vers les projets lauréats : https://www.imarabe.org/fr/




