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L’instant à venir, Bruxelles, 2018 Kusunoki, Tokyo, 2018 (Source : http://www.ismailbahri.lautre.net/)

Ismaïl Bahri… un artiste pas comme les autres

Le parcours artistique de l’artiste…

Né à Tunis en 1978, Ismail Bahri est un artiste visuel contemporain de renommée internationale dans l’art expérimental. Il a entamé sa carrière artistique en 2008 après avoir fini ses études entre Tunis et Paris, deux villes où il vit et travaille aujourd’hui. Il est représenté par la galerie Selma Feriani (Sidi Bou Saïd et Londres).

Les oeuvres d’Ismail ont principalement été exposées en France et font partie de nombreuses collections d’art prestigieuses. L’artiste a organisé une dizaine d’expositions personnelles et une cinquantaine d’expositions collectives dans plusieurs pays (Tunisie, Maroc, Bénin, Liban, Emirats Arabes Unis, Turquie, Belgique, Italie, Allemagne, Portugal, Colombie, Brésil, Japon…). Il a aussi participé à des foires d’art et des biennales internationales. Ses vidéos ont été projetées dans de nombreux festivals internationaux de films (Marseille, Madrid, Rotterdam, Sarajevo, Toronto, New-York, Sharjah…).

Artiste réservé, Ismaïl ne divulgue que de brèves explications sur ses démarches, l’enchaînement de ses idées et la mise en espace de ses expositions. Il sollicite l’attention de son public aux moindres détails afin de déchiffrer ses intentions en l’engageant dans sa propre lecture des oeuvres. Ce qui importe pour lui, c’est la manière dont le public va apprendre à voir sous un angle différent les futilités de son quotidien, à décortiquer la cohérence avec laquelle les différentes séquences visuelles s’articulent les unes aux autres.

Les oeuvres de l’artiste, hautement intrigantes, incitent le public à la réflexion et à la recherche d’indices ou de signes pour tenter de rendre tangible un dessin, donner un sens à une vidéo ou à une installation.

Les pratiques d’Ismail sont considérées comme des expériences visuelles, à la fois méditatives et troublantes, qui prennent des formes variées en mixant les médiums (dessins, gravures, photographies, vidéos, installations…).

Depuis le début de sa carrière d’artiste, Ismaïl Bahri développe un travail artistique fondé sur des situations fragiles et éphémères dans l’art et diversifie les moyens d’expérimentation qui occupe une place importante dans ses oeuvres s’appuyant sur le caractère organique des choses. Intéressé par la simple interaction avec l’ordinaire milieu environnant, l’artiste observe et pose un regard réflexif sur des expériences passagères du quotidien de l’être humain en invitant son public à s’émerger dans ses oeuvres en dehors des contraintes habituelles et classiques. Ismaïl manipule et interroge des matières et instruments rudimentaires qu’il fait sortir de leur usage originel par l’intermédiaire de gestes et moyens d’interprétation reposant sur les principes d’enregistrement et de production d’instants, de surfaces, de traces, d’états, de mouvements, à l’aide de procédés insignifiants (chaux, vin rouge, sable, scotch, papier calque, feuilles de dessin, tables lumineuses…).

Ismaïl Bahri réclame souvent qu’il n’est pas vidéaste et que la caméra lui juste sert à capturer et à restituer des expériences simples, mais non seulement il tourne et projette des vidéos, il restructure aussi les espaces d’exposition et transforme l’architecture des lieux pour en créer sa propre mise en scène, tout en bouleversant l’allure habituelle des lieux. En effet, la scénographie intérieure et les éléments constituants de certaines expositions de l’artiste font clairement référence au monde cinématographique, où l’on retrouve écrans, chambres photographiques noires, espaces clos, fentes optiques, surfaces surexposées et surfaces sombres, ombre et lumière, flou et net, arrière-fond et gros plan, plans abstraits, vues détaillées, transparence, défilement de différents dessins, enregistrements de traces, fragments d’images fixes ou en mouvement, canalisation de la lumière naturelle, différentes sources lumineuses, scénographie des lieux, séquences, cinéma muet, dénouement, bobines… Le tout laisse entrevoir un véritable monde cinématographique où le spectateur, implicitement inclus, sent l’envie de faire une bonne mise au point pour tenir le fil du scénario de l’artiste.

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Dénouement, vidéo, 2011 (Centre d’art Jeu de Paume)
(Source : https://www.paris-art.com/instruments-2/)

Ultime étape d’un triptyque ambitieux…

Ismail Bahri est à sa troisième exposition personnelle à la galerie Selma Feriani (Sidi Bou Saïd), après Détail se dilate (du 8 juin au 31 août 2014) et Ce qui demeure (du 28 septembre au 30 novembre 2017). Sans intitulé, cette exposition est ouverte au public du 22 février au 4 avril 2021, du lundi au vendredi de 10h à 18h et le samedi de 9h à 16h.

Le lundi 15 février, j’ai eu le plaisir de discuter un bon et long moment avec l’artiste autour de son exposition et de sa thématique, de ses réflexions, de ses oeuvres qu’il refuse d’annoter et de leurs mises en espaces… Les discussions avec Ismaïl étaient passionnantes mais loin d’être faciles à mener. L’artiste communique peu autour de ses oeuvres. Il a fallu insister et le pousser à partager le fondement et les intrigues de ses démarches artistiques. Une fois à l’aise, il devient plus spontané et plus généreux en dévoilant les secrets de son monde créatif, souvent minimaliste.

En échangeant avec l’artiste autour de son exposition, de l’interaction de ses oeuvres exposées et de ses réflexions, qu’il refuse de publier dans le catalogue de l’exposition, j’ai décelé dans la démarche expérimentale de l’artiste une cohérence réfléchie dans le développement et la conception de ses pratiques artistiques et dans sa façon de transformer les espaces.

Ce bel échange a été complété le lendemain lors d’une matinée sur la plage de Raoued avec quelques jeunes volontaires venus l’aider dans la préparation d’une des installations de son exposition inaugurée le dimanche 21 février à 11h à la galerie Selma Feriani.

Matinée à la plage de Raoued avec les jeunes volontaires

Matinée à la plage de Raoued avec les jeunes volontaires
(Source : Cliché de l’auteur)

Cette exposition n’est que l’ultime étape d’un triptyque de trois expériences ambitieuses qui ont pris des atmosphères et des formes complètement différentes où l’artiste expose une sélection de travaux avec des temporalités, des durées, des lumières, des transformations, des torsions, des visibilités, des observations, des proportions et des échelles variables. La première s’est déroulée à Bruxelles (la Verrière, Fondation d’entreprise Hermès) en 2018 (Des gestes à peine déposés dans un paysage agité), la deuxième à Tokyo (the Forum, Nijo-Jô, Kyoto) en 2019 (Kusunoki) et la troisième et actuelle exposition à Sidi Bou Saïd que l’artiste a préparé seul sans avoir recours à un curateur. Les différentes mises en espace des éléments exposés nous dévoilent trois belles expériences artistiques avec un grand travail de tâtonnement et d’expérimentation.

97 8808ismailbahriverriere 2L’instant à venir, Bruxelles, 2018 Kusunoki
(Source : http://www.ismailbahri.lautre.net/)

 

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Kusunoki, Tokyo, 2018
(Source : http://www.ismailbahri.lautre.net/)

L’artiste Ismaïl Bahri convie son public à un parcours scénographique imprévisible et épuré en l’obligeant à suivre une trajectoire rectiligne qui instaure un dialogue entre deux séquences : une première avec un défilement de fragments de dessins rudimentaires surexposés et une seconde avec une installation et deux vidéos dans la pénombre.

La première séquence de l’exposition présente un alignement de tables lumineuses rectangulaires avec des dessins de différents formats et aux différentes techniques (aquarelle, chaux, poudre, vin rouge…) qui font ressortir la texture des papiers découpés irrégulièrement. « Un travail très intimiste et fragile », où l’on voit des formes, des mains, des taches colorées…, qui laisse le public rêver de ce qui se trame dans la blancheur des feuilles et entrevoir un lien entre les dessins.

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Première séquence de l’exposition
(Source : https://www.selmaferiani.com/, photographe Pol Guillard)

La seconde séquence présente une installation disposée sur le sol et formée d’une série de rouleaux de scotch enregistrant des empreintes et des bouts de mémoires de terres parcourues par l’artiste en ramenant des extérieurs dans des intérieurs. Une première vidéo, placée sur un mur au fond d’un espace clos, projette une main qui capte et relâche ce que le vent emporte sur son chemin et une seconde vidéo projetant, sur une des baies vitrées de cet espace, une tempête de sable fin. Les baies vitrées, véritables espace optique, séparent le public du travail exposé dans les espaces clos mais en même temps le relis à cette mise en scène à travers la réflexion de son corps sur les vitres rappelant des écrans de cinéma sur lesquels surgissent des images et des silhouettes en mouvement. L’installation est statique alors que les deux vidéos sont en mouvement. Le scotch capte l’instant et le fige alors que la main de la première vidéo le relâche et la tempête de la deuxième vidéo le fait envoler. Ainsi, le public retrouve l’effet de l’apparition et de la disparition ou de la capture et du relâchement des choses.

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Seconde séquence de l’exposition
(Source : https://www.selmaferiani.com/, photographe Pol Guillard)

Il y a un lien et un dialogue entre les deux séquences avec des éléments récurrents (les mains qui reviennent, apparition et disparition de choses, des dessins visibles et invisibles, enroulement et déroulement, dévoilement et dépliement, capture et relâchement…). Le corps du visiteur s’engage dans cette scénographie des lieux en s’approchant des tables lumineuses et des baies vitrées pour mieux voir les oeuvres, ou en s’éloignant pour bien réfléchir à ce qu’il est entrain de voir.

La mise en espace de l’exposition coupe avec l’architecture habituelle de l’espace de la galerie de la banlieue nord puisque l’artiste a pris le risque d’apporter une grande transformation spatiale en imposant un nouveau parcours et une nouvelle exploitation des lieux. En effet, les salles habituelles d’exposition sont devenues des espaces clos et non accessibles, l’espace d’accueil et le couloir sont devenus des espaces d’exposition pour la première séquence de ses oeuvres et le patio, souvent inexploité, est devenu un espace de contemplation pour la seconde séquence. L’artiste renverse ainsi les fonctions : « les espaces actifs deviennent inactifs, voire inaccessibles, et inversement ».

Ismaïl pense que l’artiste doit être ouvert à tout changement dans la mise en espace de ses oeuvres en évitant de se fixer sur un programme de montage préétabli. Les idées peuvent très bien changer en cours de préparation de l’exposition et c’est à partir de cette vision des choses qu’il a décidé d’apporter toutes ces transformations à l’intérieur de la galerie. L’espace devient, pour lui, un instrument d’observation et d’expérimentation.

L’artiste rejoint le sculpteur suisse Alberto Giacometti qui juge que l’espace n’existe pas mais se crée et se construit. Ismaïl a repensé l’espace originel et n’a même pas hésité à condamner des salles, rouvrir une fenêtre cachée pour la recouvrir avec un papier calque translucide qui laisse passer le vent et la lumière à l’intérieur de la galerie. Il semble que l’espace architecturé dérange l’artiste qui le transforme pour mieux présenter ses oeuvres et prouver qu’il le maitrise.

Il prend, de ce fait, le double risque de présenter des oeuvres qui nécessitent un grand effort réflexif de la part du public et de lui imposer un nouveau parcours qui casse avec l’habituel. Ismaïl invite son public à une nouvelle expérience et « à jouer le jeu sans grande certitude du résultat » mais avec une grande curiosité à voir les réactions et les différentes façons d’interprétations de ses oeuvres et de ses choix qu’il assume en poussant à fond l’expérimentation.

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Croquis de restructuration de la galerie faits par l’artiste
(Source : Catalogue de l’exposition)

La visite de cette exposition est différemment appréhendée car elle prend en considération l’effet du temps et de la lumière qui changent en fonction de l’intensité lumineuse le long de la journée. En effet, « les facteurs temps et lumière sont importants dans la scénographie des lieux ». Ils changent en fonction du moment de la visite.

L’artiste donne l’impression à son public qu’il est face à des oeuvres inachevées ou des ébauches de travaux et que c’est à lui de les interpréter comme il le souhaite en agissant sur la lecture de l’oeuvre. Un public qui pourrait sentir que ce qu’il voit est absurde et c’est exactement ce que cherche Ismaïl Bahri : « créer un sentiment de malaise et d’incompréhension chez la personne qui visite l’exposition ».

N’ayant ni titre, ni texte d’accompagnement des oeuvres, Ismaïl trouve que « donner un nom ou écrire des notes relèverait de l’artificiel… c’est comme dans une poésie où tu n’écris pas tous les mots ou tous les vers », dit-t-il. Par ailleurs, l’artiste veille à ne pas produire une exposition et des oeuvres « photographiables » pour échapper à l’appareil photo du public et à l’ère des réseaux sociaux où l’on partage tout, au risque de décevoir les visiteurs qui auraient bien aimé partir avec des mots de l’artiste et quelques belles photos de ses oeuvres.

Propos recueillis et transcris par Chiraz MOSBAH, universitaire.

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