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Dar Zein

A Mahdia, les maisons habitent la ville ou la mer, et le clivage, pour subtil, n’est guère fortuit.Au creux de la vieille cité, dans les dédales de ce bras de terre cerné par les eaux, se sont installées les vieilles familles patriciennes, concédant le front de mer à ceux qui en vivent, les pêcheurs.

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Les concepts ont changé, et au grand dam de leurs parents  traditionnalistes et fidèles à leurs quartiers, aux rues qui souvent portent leur nom, quand ce n’est pas la mosquée ou la place, les enfants de ces familles ont voulu eux aussi accéder à ces sites exceptionnels qu’offre Borg Erras, à ces vues imprenables qui font de Mahdia cette ville des deux mers unique et magique. C’est une longue quête menée avec persévérance et patience par l’épouse syrienne du propriétaire dont le regard neuf s’était laissé séduire par charme irrésistible du site qui nous laisse savourer  la magie des petits matins où viennent jouer dauphins et mouettes et celle des crépuscules qui viennent s’engrener à l’horizon des traditions des pêcheurs qui n’ont jamais quitté Borg Erras, et qui lui donnent son authenticité, et sa vraie vie. Il est une ruelle dans cette péninsule où les maisons (une dizaine à peine) ont les pieds dans l’eau. C’est là, et nulle part ailleurs, que Zein voulait s’installer.  S’il n’était pas question, pour cette maison du bord de mer, de reproduire le schéma des demeures traditionnelles, on voulait néanmoins en garder l’esprit. Avec pour impératif majeur, celui de voir le paysage de tous les coins de la maison. C’est à l’architecte mahdoise Selma Hamza, que l’on demanda de concilier ces diverses contraintes. Elle reprit le patio ouvert sur les différentes parties de la maison, moderne par son déploiement dans l’espace, traditionnel par le détail de certaines touches, qui donnait une transparence et un puits de lumière à cette demeure que l’on aurait pu craindre le fait qu’elle soit encaissée.

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Selma Hamza , débordée par ses activités en rapport de la sauvegarde du patrimoine architectural de Mahdia, présenta  l’Architecte Myriam BEN RACHID aux propriétaires , dont l’esprit fonctionnel permit d’organiser et de réaliser une demeure où l’esthétique conciliait aisément le sens pratique du vivre au quotidien. La réalisation de « Dar Zein »a  permis à l’architecte Myriam Ben Rachid d’accomplir un de ces rares projets à travers lequel le rôle de l’Architecte fut tout entier, du « tout » au « détail »dans un site exceptionnel qui l’inspira intensément pour  une conception moderne méditerranéenne avec l’intégration d’éléments spécifiques architecturaux traditionnels de Mahdia.

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Ses missions furent  multiples : plans d’exécution, coordination de chaque corps de métiers et entreprises, ingénieurs et artisans, pilotage du chantier, plans de détails de décoration jusqu’à la conception et réalisation de menuiseries, de mobilier, de tissus, de luminaires……….

Pour Myriam Ben Rachid  : « …Ce projet est l’aboutissement de la relation Architecte avec les propriétaires des lieux qui m’ont  accordé leur entière confiance, de notre  vision architecturale et esthétique commune, de leurs exigences soigneusement étudiées. De par notre entente, je me suis engagée dans une libre réflexion quant à l’intégration de cette habitation au site, à l’optimisation de la distribution des espaces et à la conception de chaque détail  contribuant à l’ambiance finale de la maison…»

« …Le choix délibéré d’un nombre restreint de matériaux locaux et artisanaux a contribué à réaliser une architecture d’une grande simplicité mais dans le souci majeur de permettre aux propriétaires d’être en permanence à chaque niveau en relation avec la mer et d’assurer l’intimité de leur espace privé autour d’un patio central…» «…Le concept architectural résume à la fois l’étroite relation entre l’architecture et son environnement marin et son intégration à la continuité urbaine et typologique des maisons de  Mahdia». à «Borg Erras », l’accès de la maison se fait par la transition de la skifa traditionnelle à partir de laquelle la perception de la mer est immédiate…… »

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L’entrée  de la maison est située dans cette rue étroite qui dessert cette exceptionnelle enfilade de maisons accrochées au rocher. Une fois dépassée la skifa , nous découvrons  la réception-salon, la salle à manger, le coin cheminée et la télévision, tous harmonieusement articulés autour du patio d’une part , et d’une longue terrasse, d’autre part, véritable pont de navire traité en teck .

Là, comme dans toute la maison d’ailleurs, la métaphore marine a été filée avec une justesse de goût remarquable. De vieilles gravures de navires anciens, chinées à Portobello à Londres, des maquettes de bateaux, des meubles syriens de marqueteries de nacre ancienne  ainsi qu’une multitude d’objets de par le monde s’allient parfaitement à cette ambiance marine. De Damas, la ville de Zein, proviennent également les céramiques aux thèmes de poissons, déclinées sur les frises murales, les plats, les flacons,offrant ainsi à la demeure la protection prophylactique du symbole le plus antique de la Méditerranée.

Il faut descendre pour arriver à la mer, rocheuse et superbe, en cette pointe extrême de Borg Erras. Un quai a été construit, permettant d’accéder, à travers des chemins connus des seuls habitants de ce quartier, à de véritables piscines naturelles taillées dans les rochers.

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Là, un énorme rocher jaillit des eaux, qui, au coucher du soleil, s’illumine des lumières vacillantes des bougies, ex-voto. Il s’agit de Lella Bahria, la sainte patronne des lieux, dont les machtats, ces choristes qui incantent dans les mariages, disent qu’elle marche sur l’eau, guérit les souffrances, protège les marins, et trouve des époux aux filles en mal de maris. Comme tous les habitants de cette rue pas comme les autres, Zein s’est faite gardienne de Lella Bahria, et prévoit toujours une provision de bougies pour ceux qui auraient quelque chose à demander à la sainte de la mer.

A ce niveau, au ras des flots, on a installé la cuisine où officie Nejma, la fée du logis, et une grande pièce à vivre qui, à l’usage, s’est révélée la plus fréquentée de la maison.

Au premier étage, six chambres à coucher entourent le patio, accueillantes et conviviales, où les parents et les amis de la famille retiennent leur tour, irrémédiablement conquis dés leur premier jour.

 

A cette étape des travaux, on avait pourtant cru la maison terminée. Quand Zein posa une question apparemment innocente. Pouvait-on envisager …   une piscine sur le toit ?

Myriam Ben Rachid chef d’orchestre du projet fit appel à l’Ingénieur de béton, consulté qui  accepta, à la seule condition de reprendre la structure porteuse existante, et six mois de travaux supplémentaires. Qu’à cela ne tienne, les rêves n’ont pas de délais.

On installa donc une piscine entre ciel et mer, où viennent quelquefois boire les oiseaux, et où un massif de cactées vient casser la blancheur des lieux. Le garde-corps transparent n’arrête pas le regard, et on y vient au coucher du soleil, voir les pêcheurs jeter leurs filets, les dauphins y voler le poisson, les enfants chercher les crabes, et les femmes allumer les bougies à Lella Bahria, dans le cycle toujours recommencé de la douceur d’un été à Mahdia.

Texte :  Alya Hamza

Article paru dans iddéco n°21 – Juillet 2014

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