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Sans titre

Voyage de l’âme

Une exposition personnelle de Hammadi Ben Saad

La Boîte, un lieu d’art contemporain, du 10 mars au 3 juin 2022

Voyage de lâme 3

 Il y a plus de quarante ans que Hammadi ben Saad, grand plasticien poète à l’âme d’enfant, partage son univers artistique avec nous. C’est en 1975 à la galerie de l’Information, à côté de la Cathédrale de Tunis, qu’avait eu lieu sa première exposition.

Déjà, il avait outrepassé la peinture de chevalet, ses codes et ses écoles.

Déjà, il nous montrait sa connivence avec le support de représentation, papier ou tissu, qu’il détournait de sa destination première. Déjà, il apparaissait comme le naïf absolu, celui que nous avons toujours connu sans le savoir, sans le chercher, comme nous le suggère si poétiquement dans le texte qui accompagne l’exposition, Youssef Seddik le philosophe qui a été son premier « découvreur » enthousiaste.

Mon mari, Denis Lesage m’a raconté sa première rencontre en 1981 avec l’artiste. Il était à l’époque directeur technique à l’Association Sauvegarde de la Médina de Tunis. Ladite association, l’A.S.M, avait convaincu le Ministère de la Culture de réhabiliter la Médersa Achouria rue Achour dans la Médina et de la transformer en Maison des Associations Culturelles.

Une petite cellule avait été allouée à Hammadi  Ben Saad où il peignait sur le sol des formats géants qu’il installait ensuite sur les façades du patio. Le street art n’était pas encore à la mode mais ces œuvres habillaient l’immense patio avec un grand naturel. En 1983 elles ont été exposées au club Tahar Haddad, le makhzen du Dar Lasram, siège de l’ASM, ainsi qu’à la galerie de l’Information.

Voyage de lâme 1

La fraîcheur et la sincérité d’autodidacte de Hammadi Ben Saad avaient déjà été remarquées dans ces temps là ,hors des frontières tunisiennes, et lui avaient valu des invitations à travailler et à exposer tout autour du monde, successivement  à Paris, Alger, Cuba, au Japon, en Suisse, en Libye, en Allemagne et aux Etats- Unis, déplacements nombreux qui l’ont quelquefois quelquefois  fait qualifier d’artiste nomade.

En 2008, La boîte un lieu d’art contemporain lui offre la possibilité de réaliser une exposition personnelle à «  la boîte hors les murs », sise à La Chapelle Sainte Monique, à Carthage, intitulée « Ver-tiges ». Il exposera la même année à la Selma Feriani Gallery « Mains d’œuvres ».

Mais revenons au « Voyage de l’âme ». Cette exposition personnelle, après une période d’une dizaine d’années où ses expositions personnelles ou collectives s’étaient raréfiées, est une occasion de retrouvailles entre l’artiste et de son public, ce public qui lui a tant manqué. On doit ici remercier la Boîte  un lieu d’art contemporain pour avoir organisé ce nouveau rendez-vous.

Convaincu, il dit : «  Merci à madame Fatma Kilani pour m’avoir donné cette chance, pour ne pas avoir rempli les cimaises et pour avoir laissé respirer mes œuvres. C’est dessiné par terre et je découvre mes œuvres, sur les murs, avec le recul. Elles ne sont pas à vendre mais beaucoup de personnes sont venues me voir et je les remercie.  Je vais continuer à découvrir et à partager. J’espère que ce travail va voyager ».

On comprend à travers ces propos son souci non de reconnaissance mais de connaissance. D’ailleurs il ajoute «  l’artiste a besoin de ceux qui partagent ses passions et il ne vit pleinement que parmi eux », et aussi  « le travail c’est un jeu, il faut jouer, ne jamais être satisfait. Il faut savoir aussi quand s’arrêter. Je suis ravi que ce travail parle et cherche un dialogue ».

Dans ces dessins dits « naïfs » les enfants se retrouvent facilement. Les enfants, toujours prêts à accepter l’illogique et la poésie dont ils nourrissent leurs images mentales, constituent un de ses publics fidèles. Il a beaucoup travaillé avec les enfants et souvent animé des ateliers où il montrait des films « pour enfants ». Les dessins produits dans ces ateliers ont été exposés à travers le monde. Il dit : « les enfants donnent plus qu’on leur donne, la musique, les images, les couleurs, ils les utilisent ».

Les œuvres de l’exposition  « Voyage de l’âme » peuvent être comprises de manière différente. On peut voir dans chacun de ces  personnages à grosse tête de profil, occupant tout seul et totalement un espace, un  être hybride dans un milieu aquatique ou éthéré dont il essaie de sortir lorsque ses quatre membres sont serrés sur le corps, ou dont il a commencé à s’échapper, lorsqu’il court à grandes enjambées, bras et jambes rythmant le mouvement. C’est une quête quotidienne. On peut aussi les voir comme une métaphore de l’être humain aplati au sol ou légèrement soulevé au dessus, qui essaie de faire échec à la pesanteur, vieux rêve.

Sur le plan technique, Hammadi Ben Saad continue depuis ses débuts à travailler avec les rebuts de l’imprimerie ou de la confection. Il a utilisé du papier journal, des papiers kraft, des papiers d’emballage alimentaire, des papiers amidonnés pour impression de beaux livres (ceux que l’on fini par retrouver chez le boucher), des papiers goudronnés. Le voyage de l’âme s’exprime  en craie grasse et peinture acrylique sur l’envers d’affiches publicitaires assemblées à la colle vinylique. L’artiste obtient ainsi des surfaces empesées qui ont été marouflées pour l’exposition sur des panneaux de contreplaqué rigidifiés par des cadres de bois.

Les plis du papier encollé, les superpositions de craie et de peinture, tout cela raconte une histoire qui fait partie de l’œuvre. Hammadi Ben Saad dit : « seul le trait est maître, ce sont les formes dessinées au crayon gras qui m’intéressent ». Rempli d’une énergie renouvelée, il prépare une série de trente grands formats carrés (2,4 m x 2,4m) qui combinent papiers différents lisses ou froissés, matières rapportées et couleurs d’origine variées. Un de ces grands formats sera « le drapeau de la Paix » en ces temps difficiles.

 Le geste à la main, il se retourne vers un tableau et dit : « Je travaille dans la Médina dont je trouve l’histoire derrière les enduits des murs qui s’effritent ».

L’univers de Hammadi Ben Saad émouvant, fort et gracieux vous est accessible jusqu’au 3 juin 2022.

Edia Lesage

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