JavaScript must be enabled in order for you to see "WP Copy Data Protect" effect. However, it seems JavaScript is either disabled or not supported by your browser. To see full result of "WP Copy Data Protector", enable JavaScript by changing your browser options, then try again.
20151028 103723

TESTOUR
De la magie en suspension au-dessus de la Méjerdah

Ils se sont installés là, aux abords de la Méjerdah, dont le fil placide en belle saison bruit comme le ruissellement des souvenirs et de la nostalgie des jours heureux passés sur les terres ancestrales et dont les crues impétueuses d’hiver chassentla sérénité qui enveloppe ses rives, comme la tempête d’intolérance qui a mis ces communautés andalouses sur les routes de l’exil.

 

Septembre 1609, l’édit cruel de Philippe II d’Espagne décrète l’expulsion des dernières communautés morisques restées attachées à la foi de leurs aïeuls. 150 mille d’entre eux, originaire de Valence, prennent le chemin du Maghreb, dont 80.00 en direction de l’Ifriqiya. Accueillis avec bienveillance par Othman Dey, ils ont été installés, en fonction de leur statut socioéconomique, en divers endroits du pays de sorte à continuer à vivre plus ou moins leur genre de vie antérieur. La plus grande partie d’entre eux, de vocation agricole, à choisi de s’établir le long de la Méjerdah, de Mejez el-Bab jusqu’à Kalaât al-Andalous, à l’embouchure du fleuve. La tradition rapporte les Catalans et les Tagarins qui composaient l’essentiel de cette dernière vague de réfugiés se sont d’abord installés au lieu dit Khroufa, à une dizaine de kilomètres au nord de Testour. Là, bénéficiant à la fois de conditions climatiques idéales, de leur adresse et techniques en matière de pratiques agricole et, enfin, de l’exemption d’impôts qui leur avait été consentie par la souverain régnant, ils s’adonnèrent au travail de la terre avec ardeur, produisant légumes et fruits de qualité et en abondance.

 

 

L’émerveillement que suscitaient leurs belles récoltes faisait fantasmer dans les chaumières où on racontait que ces paysans d’un autre monde obtenaient des grappes de raisins de la grosseur de la queue d’un mouton ! Serait-ce là l’explication des razzias qu’effectuaient de temps à autre les redoutables nomades hilaliens sur leurs terres ? Ou encore cette décision prise, trois ans après leur installation par le successeur d’Othman Dey qui suspendait le privilège de l’exemption fiscale dont ils bénéficiaient et taxa lourdement la vigne? Toujours est il que, vers 1650, la communauté abandonna la localité de Khroufa pour aller s’installer au lieu dit Tichilla, vestige d’une cité antique qui bénéficie d’une situation moins exposées aux incursions hostiles, juchée sur un piton et entourée de collines. Etait-elle pour autant extraite aux convoitises du Prince ? Cela, la chronique ne le dit pas. Testour, dont le toponyme, certainement d’origine moderne, se prête à plusieurs interprétations, dont celle qui veut qu’elle soit un « poste de taxation », s’est développée autour de sa grande mosquée, fondée par Mohamed Tagharinou en 1630. Son plan obéit à la fois au modèle antique avec ses deux axes principaux en croix mais aussi à une hiérarchisation sociale et ethnique avec un premier noyau, autour de la Grande mosquée, peuplé de Tagarins, les autres communautés, notamment les Oueslati, dispersés par Ali Pacha en 1763 et, enfin, les Juifs agrégés autour d’une « ceinture » autour de la ville du côté route. Il est bien connu que l’architecture et les techniques du bâtiment à Testour sont d’origine andalouse, plus précisément importées de la région catalane. Cela se vérifie de manière spectaculaire dans la Grande mosquée de la ville qui, cependant, et de l’intérieur, affiche certaines similitudes avec la Grande mosquée de Kairouan, notamment au niveau des portiques et de la salle de prière, soutenus par des colonnes et des chapiteaux prélevés dans les vestiges hérités de l’Antiquité. Ce sanctuaire se caractérise aussi par sa curieuse horloge logée en haut du minaret et dont le cadran affiche une gradation qui va dans le sens contraire d’une horloge ordinaire.

Pendant longtemps inopérante (on ne lui avait jamais vu d’aiguille, en particulier), cette horloge a été « restaurée » à l’initiative d’un descendant de notabilités de la localité, Abdelhalim Koundi – le Grand Condé, ça vous rappelle quelque chose ? – Elle fonctionne désormais (à l’envers, bien sûr) à l’énergie électrique et au diapason de l’heure universelle grâce à un réglage électronique via satellite !Le cachet ibérique se retrouve également dans les autres minarets du noyau ancien de la ville, mais aussi dans les dernières toitures revêtues des fameuses briques andalouses ou dans ces intérieurs à l’organisation spatiale « très christianique » aux dires d’un voyageur européen qui a visité Testour au XVIII° siècle. Il se retrouve aussi dans les patronymes des Testouriens de souche, tels, Alikânti, Kristo, Markou, Merrichkou, Sirisou, Filibou, Jourji, etc. Ces consonances « très christianiques » des patronymes ne doivent pas nous faire oublier que les aïeuls des Testouriens ont été persécutés et forcés à l’exil pour cause de non conversion auchristianisme. Ayant réussi à sauver leur foi, ils ont, comme de bien entendu, continué à la célébrer dans leurs sanctuaires (mosquées et synagogues) mais aussi en vénérant les symboles de cette résistance à l’assimilation, des figures lumineuses qui s’appelle Sidi Nasr Guérouachi, pour les musulmans et Rabbi Fraji Chaouat, pour les israélites. Le premier a été inhumé sous la superbe coupole revêtue de tuiles vertes et décorée à l’intérieur de précieuses ciselures sur plâtre. De beaux panneaux de céramique remontant au XVIII° siècle revêtent les murs de la salle sépulcrale. Celle-ci est précédée d’une courette entourée d’un portique aux fines colonnettes au seuil de cellule destinées à l’accueil des pèlerins. A l’état d’abandon, ce trésor menace ruine.

 

 

Le mausolée de Rabbi Fraji, lui, est logé au fond du cimetière juif désaffecté. Le décor, austère autour du tombeau, accueille quelques accessoires du rituel juif. Jadis destination de pèlerins originaires de la ville (tant juifs que musulmans) mais aussi de communautés plus lointaines, ce sanctuaire continue d’être épisodiquement fréquenté par des fidèles de passage. Tout comme ils n’omettent pas, en communion avec tous les visiteurs de la ville, de visiter la maison que son amant, le richissime Eliahou, offrit à la divine Habiba Msika en témoignage de son amour pour cette star de la chanson dans les années 30 et 40. Le legs andalou, on le retrouve également dans le fonds culinaire de la cité. Dans ces pâtes déclinés en h’lalèm (genre de vermicelles grossières), en nouâcer (pâte feuilletée découpée en carrés) ou en rechta (genre de spaghettis creuses). N’oublions pas les chaussons farcis à l’agneau (banadhèj) ou les cuillélès (appelés à Soliman cuillérès), sans parler des sauces aigres-douces, des fromages blancs et des pâtisseries. Malheureusement, seuls le fameux fromage de Testour et la goûta (autre fromage au lait frais) sont disponibles en permanence sur les étals des échoppes de la rue principale que – détail à retenir – ne traversent jamais les femmes du cru depuis la fondation de la ville. Et s’il ne reste plus trace, aujourd’hui, des curieuses tenues traditionnelles de la ville, du moins la rue principale continue-t-elle de fournir des habits traditionnels tunisiens estimés pour leur authenticité et leur finition. Et le malouf qui continue à bercer la ville dont les amateurs viennent de tous les azimuts pour s’enivrer de ses mélodies magiques.

 

 

Texte :Tahar Ayachi – Photos : Salah Jabeur

Article paru dans iddéco n°27- Décembre 2015

La rédaction décrypte pour vous les tendances déco du moment pour trouver l’inspiration. Retrouvez également les actualités autour de la déco.

Plus d'articles
cage sidi bou said
Il était une fois…
La Cage de Sidi Bou Saïd