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René Trabelsi Ministre du Tourisme et de l’Artisanat

« L’artisanat doit être visible partout et toute l’année »

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René Trabelsi Ministre du Tourisme et de l’Artisanat

Né à Djerba il y a 57 ans, René Trabelsi est homme d’affaires et depuis novembre 2018, Ministre du Tourisme et de l’Artisanat. Son engagement pour le secteur de l’artisanat qu’il considère comme l’outil de séduction pour attirer les touristes vers la Tunisie, est visible depuis qu’il a été chargé de ce portefeuille.
Il a reçu iddéco à la veille de l’ouverture du Salon de la Création Artisanale 2019.

Votre Ministère vise l’accueil de neuf millions de touristes pour l’année 2019. Quel rôle peut à votre avis jouer l’artisanat dans l’attractivité de la destination Tunisie ?

Ce rôle dévolu à l’artisanat pour séduire, voire provoquer l’envie ou le désir pour la destination Tunisie, est capital. Je l’ai remarqué dernièrement au Salon du tourisme à Berlin et en Russie où pour la première fois on a installé sur les contours de nos stands des artisans en train de travailler, des potiers de Djerba, des tisserands, des tisseuses de tapis… Ça marche !
Les gens s’arrêtent, posent des questions et engagent la conversation sur la Tunisie, intéressés qu’ils sont par ces artisans à l’œuvre. C’est le moment où interviennent l’hôtelier et le commercial pour présenter plus d’informations sur la destination Tunisie. Nous savons par exemple que ce sont les films et les feuilletons turcs qui suscitent l’envie chez les Tunisiens de partir vers Istanbul. Je pense que l’artisanat est pour nous l’angle parfait pour entrer en Tunisie en évoquant les splendeurs et les savoir faire de notre pays.

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Il y a quelques mois, vous avez promis d’assainir les souks tunisiens des produits chinois, qui les envahissent. Comment allez-vous procéder pour réaliser cette ambition ?
Malheureusement, on sait que pendant les années ayant suivi 2011 l’artisanat s’est effondré avec la domination du marché parallèle et ses gadgets à deux sous arborés dans des magasins dédiés à l’artisanat tunisien. Chéchia, sefseri et même cage de Sidi Bou Saïd proviennent désormais de Chine, mais sont offerts aux touristes comme si c’était des articles fabriqués en Tunisie. Cette marchandise puisée dans la contrefaçon devrait être interdite, la loi existe celle-là même qui la bannit. Nous n’avons pas de problème avec la marchandise chinoise, mais plutôt avec celle qui est contrefaite, imitant le produit artisanal local et pouvant provoquer dans moins de dix ans sa disparition totale. Vous savez aujourd’hui je suis obligé en tant que Ministre de l’Artisanat d’injecter de l’argent dans l’usine de la chéchia pour que cette industrie survive. Par quelle logique laisserai-je en parallèle une concurrence déloyale détruire cette usine ? J’ai appris qu’après avoir dénoncé la mainmise de la contrefaçon sur nos souks, des commerçants commencent à réduire l’achat des produits du marché parallèle. Nous comptons lancer des campagnes de sensibilisation à la télé pour montrer à quel point la chéchia par exemple demande la présence d’une longue chaîne d’artisans pour arriver à fabriquer l’article final, que des femmes dont le savoir-faire est précieux, les femmes qui constituent 80 % des artisans, touchent un salaire dérisoire pour confectionner des poteries magnifiques comme celles de Sejnane. De tels articles vendus à un ou deux Dinars sur les routes de Bizerte et même parfois contre seulement deux œufs, sont commercialisés dans les grands magasins en Europe à 120 euros la pièce !

Justement comment faire pour que les femmes, notamment les potières de Sejnane, pour la plupart vivant dans une situation de pauvreté extrême, puissent retirer des revenus conséquents de leurs produits ?
Les petites artisanes de diverses spécialités ne savent pas comment commercialiser leurs articles : ce travail fait main leur sert à survivre. C’est pour cette raison que je suis en train de réfléchir à une plateforme, comme une centrale d’achat où on entreposerait toute leur marchandise à l’intention des acheteurs. Un grand industriel tunisien pourrait prendre en charge cette centrale en relayant le contenu de la marchandise sur Internet en vue de commercialiser les produits et payer par la suite les artisans.
Le Salon de la Création Artisanale est pratiquement le seul moment de l’année où on se rend compte de la richesse et de la diversité du produit tunisien. Comment donner une meilleure visibilité aux artisans le long de l’année en les installant par exemple dans un village artisanal en plein centre historique comme la médina ?
C’est vrai que le village artisanal de Den Den manque d’attractivité, vu sa situation géographique. Beaucoup d’endroits intéressants peuvent servir de lieu pour un tel village. Des friches industrielles situées par exemple sur la route de Bizerte. Je pense que l’artisanat doit être visible toute l’année et dans tous les gouvernorats, où l’État dispose d’espaces aujourd’hui inutilisés. On vient de découvrir en plein centre de Houmt-Souk à Djerba un endroit magnifique avec des voûtes et des arcades. Longtemps resté fermé, il demande quelques actions de restauration pour qu’on puisse le mettre à la disposition des artisans. Il faudrait que l’artisanat soit partout pour qu’on voit à quel point ce pays est riche de ses savoir faire. C’est la démarche que nous avons suivie lors du Sommet des Chefs d’États Arabes où nous avons réservé des espaces dédiés à l’artisanat et aux artisans à l’œuvre dans les hôtels et les aéroports de Tunis, Enfidha et Monastir, au départ et à l’arrivée des délégations officielles. Une grande exposition du produit local se déploiera également sur l’avenue Bourguiba.

Pour développer l’artisanat, il faut aussi développer l’export. Quelle stratégie préconisez-vous pour augmenter les rentrées en devises provenant du secteur de l’artisanat ?
Il faudrait aider les artisans qui exportent par des avantages fiscaux. D’abord leur préparer de très bons contrats avec le transport maritime, notamment la compagnie nationale. J’ai rencontré dernièrement deux jeunes filles qui ont fait les grandes écoles et qui développent des collections de services en bois d’olivier magnifiques et totalement destinées à l’export. Ce qui s’exporte le mieux chez nous consiste dans les articles en verre soufflé et la poterie.

Si vous deviez acquérir pour vous ou pour vos amis 3 articles de l’artisanat, que choisiriez-vous ?
D’abord, la chéchia. Ensuite, une jebba, mais de bonne qualité et brodée main comme j’aime l’acheter. Enfin, un mrash (lance parfum), un objet que j’apprécie beaucoup. A part la jebba, qui coûte assez cher notamment lorsqu’elle est accompagnée de sa fermla, le reste des objets que je viens de citer sont à la portée de toutes les bourses.

Nous savons que votre mission de Ministre du Tourisme et de l’Artisanat s’achève dans quelques mois, à l’issue des prochaines élections de l’automne 2019. Comptez-vous poursuivre ce travail de promotion de l’artisanat tunisien que vous avez entamé lors de ce mandat-ci ?
Oui, bien sûr. D’autant plus que ce mandat m’a permis de nouer des contacts et de consolider un réseau relationnel en lien avec le monde de l’artisanat. En fait, ce plaidoyer en faveur de ce secteur, je le menais avant de devenir Ministre. D’ailleurs pour me convaincre d’accepter le poste, le Chef du Gouvernement Youssef Chahed m’a dit : « Vous aurez désormais le pouvoir d’exécuter ce dont vous avez toujours rêvé ». Demain, je continuerai le combat…

Propos recueillis par Olfa BELHASSINE

Article paru dans iddéco n°39 – Avril 2019

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