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Sidi Bou Said 0242 N Porte

Portes, décors et symboles

En Tunisie, la porte des demeures des médinas représentait à l’extérieur le seul indice du rang social de la famille. Dans le défilement continu des façades, comme une longue toile de peintre où rien n’indique les limites mitoyennes, nul n’aurait songé montrer une porte au dessus de son rang.

Du moins en était-il ainsi jusqu’au 19 ème siècle où les savoir-faire et les modèles des artisans venus d’Italie ont bousculé les codes.

 

 

A l’époque hafside, jusqu’au 16ème siècle, l’encadrement des portes, rectangulaires, était immuablement réalisé en pierre marbrière légèrement sculptée: le keddhel gris-beige (utilisé aussi pour le sol des patios), entouré d’un cadre rectangulaire aussi, en pierre de Houaria, de couleur et de texture sable, sur lequel venaient s’arrêter les enduits à la chaux blanche des façades. La porte, à deux battants sur pivots, faite d’épaisses planches de bois verticales assemblées sur un solide bâti quadrangulaire en bois, peinte en jaune safran ou en brun rouge, n’arborait comme décor que deux gros heurtoirs peints en noir, quelques clous à grosse tête noire alignés sur le bâti intérieur et une petite porte basse dans l’un des battants, la khoukha, dont la découpe supérieure formait un couronnement décoratif. Le caractère défensif et austère est évident. La porte hafside protège, elle n’a pas de fenêtre et ouvre sur une driba sombre.

A partir de l’époque ottomane, les encadrements en pierre se sont arqués, même si les portes étaient toujours constituées de planches assemblées, sans décor, et le marbre importé sculpté est venu remplacer le keddhel, autour des portes et sur le sol des patios. On a vu aussi apparaître des impostes vitrées qui apportent quelque lumière dans les dribas. A côté du  sobre décor hafside de gros  clous se développe un décor de clous de petite taille utilisant des motifs puisés dans le répertoire local, y compris les symboles berbères : les cyprès stylisés, les croissants et les étoiles, notamment les étoiles à six branches (abusivement appelées étoiles de David aujourd’hui), les croix et les zlabias.

Enfin, à l’époque husseinite, les panneaux de portes moulurés et sculptés (soleils et motifs floraux) exécutés par les artisans italiens, peints de couleurs plus vives (bleus et verts et aussi revêtements en plaques de cuivre) font leur apparition. Ces portes sculptées, colorées et encadrées par des décors en marbre sculpté cherchent souvent à nous suggérer une place sociale plus élevée que la réelle, même si le décor intérieur de la maison est beaucoup plus modeste, à l’exact inverse de ce qui se pratiquait aux époques antérieures.

Et aujourd’hui, quelle symbolique pour les portes ? Aujourd’hui, l’éclectisme règne en maître et le décor de pierre, de bois et de fer des portes des villas ne reflète que le goût du propriétaire et ou de l’architecte, qui réinterprètent  éventuellement des motifs hafsides, ottomans ou husseinites ou bien puisent dans le répertoire antique ou dans celui de l’architecture contemporaine internationale.

Par Denis Lesage – Photos : Salah Jabeur

Article paru dans iddéco n°24 – Mars 2015

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