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Port Prince
Un château au Cap Bon

La légende aurait pu être hantée de fantômes, de sorcières et de chats noirs. Le décor pouvait s’y prêter, si isolé dans ce coin périphérique du Cap Bon, coincé entre les derniers replis atlasiques qui se ruent vers la grève et l’onde qui vient du large battre sévèrement une côte rocheuse déchiquetée au pied d’un promontoire de poche sur lequel est juché une manière de château pendant longtemps quasi-inaccessible tant l’unique sentier qui y conduisait était impraticable. Non, la légende a préféré revêtir l’endroit de magie et de rêves.

 

On l’appelle Port Prince (ainsi !) mais, pour tout port, on ne trouve ici qu’une petite crique ourlée de sable blanc et rocheuse sur ses extrémités nord et sud et dans laquelle s’abritent quelques frêles embarcations qui, par mer calme, s’aventurent à quelques encablures du rivage pour jeter quelques filets qu’on ramènera le lendemain de bonne heure, chargés des fruits d’une pêche sur le mode ancestral. Voilà pour le port. Et qu’en est-il du prince ? La version locale d’un évènement qui semble se situer vers les débuts du siècle dernier, rapporte qu’un jour, ou plutôt un matin, les flots ont rejeté sur le rivage une étrange créature à la peau épaisse, noire et luisante. Depuis, on l’a appelée Bou Jeld, ce qui, en bonne langue arabe, veut dire « l’être à la peau tannée ». En fait de monstre marin, il s’agissait, ni plus ni moins, d’un naufragé revêtu d’une combinaison en cuir dont l’embarcation aurait sombré dans le golfe de Tunis. Dans une ellipse propre à ce genre de récit, on dit que le miraculé, un Européen de nationalité italienne, s’est installé dans la région où ses origines l’auraient favorisé pour y acquérir des terres et rapidement devenir un riche agriculteur. Et, pour célébrer sa réussite fulgurante, il a érigé au sommet du promontoire au pied duquel il avait échoué jadis un « château » qui se dresse là, face au large, comme un défi face au Destin.

On accède à Port Prince par une bretelle qui se détache de la route secondaire qui relie la localité de Soliman, à l’orée du Cap Bon en venant de la capitale, à hauteur de la localité de Bir Mroua. La plaque indique, sur la gauche, la direction de Port Prince mais aussi, en arabe, de Marsa Ennakhil ou Mars’al Oumarâ’, tel que l’endroit a été rebaptisé par les autocrates locaux. La bretelle s’étire sur une douzaine de kilomètres et traverse le hameau d’El Bekakcha parmi les vignobles et les potagers, un paysage riant qui invite à la halte, surtout à hauteur des superbes « caves de l’évêché de Carthage » nationalisées et, depuis plusieurs années déjà, laissées à l’abandon. Non loin de là, un petit barrage aménagé ces dernières années au creux d’un val entouré de collines boisées, déploie un charme bucolique propice à une pause pique-nique avec vue sur la mer et sur les îles Zembra et Zembretta.

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La baie de Marsa Ennakhil

A partir de cet endroit, la route – qui a été jusque ces toutes dernières années, un véritable cauchemar – dévale vers la mer qu’on embrasse du regard depuis ici en une suite de rebonds et de sinuosités. Le « château » apparaît et disparaît au gré des accidents du terrain, campant, construction ocre sur fond azur, au faîte d’un minuscule promontoire rocheux.

Cette bâtisse, qui a échu au Domaine de l’Etat, a été ballotée entre plusieurs départements, dont celui de la Culture qui l’a confiée à l’Institut National du Patrimoine qui a pris en charge la restauration et la conservation du monument qui avait été gravement altéré durant les décennies où il avait épisodiquement servi de décor pour tournages de films ou l’organisation d’évènements festifs. L’absence d’affectation à un usage utilitaire et donc d’entretien ainsi que les conditions climatiques qui prévalent en cet endroit ont à nouveau mis cet espace à rude épreuve. Et sa dégradation est si avancée qu’on peut d’ores et déjà le considérer comme définitivement perdu. Reste le reste, c’est-à-dire le décor naturel.

A l’instar de toute la côte nord du Cap Bon, le littoral, ici, fait alterner plages sablonneuses et côtes rocheuses. Port Prince l’illustre parfaitement. Au pied du promontoire et sur sa gauche, en particulier dans une ravissante anse adossée aux monts Korbous, prévaut la roche que les vagues enrobent de leur écume volatile.  Sur sa droite, c’est-à-dire vers le nord-est, se déroule, languissant et légèrement lové, un ruban de sable blanc à la lisière d’une jeune forêt de pin d’Alep. Il est interrompu, à quelque deux kilomètres de là, par un nouvel accident du terrain avant de se dérouler à nouveau, de l’autre côté.

Depuis que la route a été prolongée jusqu’à l’aire qui sert de parking à l’entrée du parc qui entoure le « château », les estivants affluent très nombreux en cet endroit qui, en saison, est doté de quelques commodités. Mais comme, généralement, le Tunisien préfère eaux calmes, fonds rapprochés et plages douillettes, devinons quelle direction il prend ?

Texte : Tahar Ayachi – Photos : Nejib Chouk

Article paru dans iddéco n°17 – Juin 2013

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