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Pauline Effantin
Les mobiles sculptures

C’est avec admiration qu’on est entré dans l’univers de Pauline Effantin, discrète et passionnée. Un atelier accueillant où l’on voudrait passer quelques heures tant on s’y sent bien. Le rangement méthodique y est impressionnant. On y découvre ses mobiles, du plus petit au plus grand, qui tous, quels qu’ils soient, demandent une étude d’équilibre qui ne se fait pas au hasard. C’est avec grand plaisir qu’elle nous a parlé de son parcours…

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J’ai cru comprendre que vous aviez une formation d’ingénieur, comment vous retrouvez-vous dans le domaine du mobile aujourd’hui ?

Effectivement, j’ai d’abord fait des études d’ingénieur agronome, voie logique pour quelqu’un de curieux et passionné de sciences naturelles. J’étais depuis toujours contemplative et rêveuse, à ramasser chaque brindille qui me touchait, mais bien trop jeune pour savoir ce que je voulais être, ou plutôt, ce que j’étais.

Comment vous est venue votre vocation artistique ?

Je ne sais pas si je peux me prétendre artiste. Je suis très fière de me sentir artisane, de travailler avec mes mains, mes yeux, mes outils. Avec le recul, je sais que j’ai toujours eu ça en moi mais j’ai mis vinght ans à le découvrir et à l’assumer. Que mes qualités intellectuelles, manuelles, scientifiques soient au service de la création d’objets porteurs d’émotion et de beauté me fait sentir parfaitement à ma place aujourd’hui, dans mon atelier.

Parlez-nous de votre parcours ?

La première année, j’ai travaillé des bijoux, des assemblages de bois avec ce que je trouvais dans la médina de Tunis. J’ai tenté de me former en observant le plus possible les artisans bijoutiers. Mais c’était trop limité, et je voulais apprendre précisément, pour être libre de mes créations.

Après un « parcours du combattant » administratif, j’ai intégré en 2010 le centre sectoriel de bijouterie/joaillerie de Gammarth. J’y ai été très bien accueillie par l’équipe de professeurs, et j’y ai appris, jours après jours, avec mes jeunes collègues tunisiens, les bases de l’artisanat du bijou et les techniques de travail du métal. J’ai adoré ça. Qu’un dixième de millimètre conditionne la beauté d’une pièce, que chaque étape technique, essentielle, demande du temps et de la persévérance, quitte à tout recommencer plusieurs fois, et qu’au final, on voit un bijou, simple et émouvant, je trouve ça passionnant.

Au printemps 2011, j’ai quitté le centre et installé mon atelier, d’abord à la maison, puis maintenant à Larouej, à La Marsa.

Comment votre pratique a t-elle évolué depuis vos débuts ?

J’expérimente et j’apprends continuellement. J’essaie de nouvelles choses, dont les mobiles, depuis quatre ans sont suspendus, et sur socle.

Je cherche toujours de nouveaux outils ou accessoires, en dehors de mon secteur, j’observe beaucoup les artisans avec lesquels je travaille, je farfouille chez les quincaillers, les vendeurs d’articles de pêche. Grâce à cela, je trouve de nouvelles solutions techniques pour améliorer mes créations et mieux mettre en valeur le bois que je travaille.

Que représentent pour vous vos premières œuvres ?

Je les regarde avec émotion en réalisant que j’ai commencé avec rien ! Une pince, une perceuse, trois perles et quelques morceaux de bois flotté… Je ne les referais pas aujourd’hui car mes techniques et mon regard ont évolué, mais c’était le début d’une aventure dont je ne soupçonnais pas la suite…

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Quelles matières employez-vous pour fabriquer vos mobiles ?

La matière au service de laquelle je me suis mise, c’est le bois flotté, que je ramasse sur les plages compulsivement depuis toujours. Ces pièces de bois, immenses ou minuscules, qui ont été sculptées par la mer, dégagent pour moi plus de poésie que beaucoup d’œuvres « humaines ». Je les travaille donc en tant que pièces uniques. Je m’adapte à chacune. Je crée une sorte de chorégraphie en apesanteur pour souligner leur graphisme et leurs nuances, leur énergie.

Pour cela, j’utilise pour contraster et équilibrer les assemblages, des matières comme le verre soufflé (des ateliers de Sadika ou de Palestine, d’où j’ai ramené des boules), des métaux (argent pour les bijoux, laiton, cuivre et fer forgé pour les mobiles). Ces derniers temps je travaille aussi avec des fluides, du plomb… Le cercle en métal est une constante, car cette forme m’est indispensable.

Vous vivez en Tunisie, qu’est-ce que ce pays vous inspire-t-il ?

La lumière de Tunisie et les plages où je marche tant me manquent dès que je n’y suis plus.

Et puis j’ai surtout rencontré et fréquenté des artisans et des formateurs, vers qui je suis allée en ayant tout à apprendre, et qui m’ont beaucoup transmis.

J’ai l’impression que la Tunisie est un pays où tout est possible à celui qui trouve une voie, le veut profondément et va de l’avant. Depuis 2011, j’assiste à ce foisonnement de projets d’entrepreneurs, d’artistes, de créateurs dans les domaines culturel, artisanal, touristique… Je veux croire que le pays offrira bientôt toute la structure politique et administrative nécessaire pour porter cet élan le plus loin possible.

Quels sont vos projets pour l’année à venir ? Où pourrons-nous découvrir vos prochaines œuvres?

Je ne sais pas de quoi demain sera fait… mais j’ai beaucoup de travail et d’essais à faire encore sur les socles et les structures métalliques, qui font pleinement partie de mes créations. Le challenge technique est de trouver le bon compromis entre la légèreté, la simplicité des lignes et des formes, et la grande solidité et stabilité. J’aimerais aller voir du côté des fondeurs de bronze pour cela.

Je commence aussi à travailler avec la lumière et les ombres.

Actuellement, un grand mobile flotte au cœur de l’hôtel Dar El Marsa, et attend de connaitre sa destination finale. J’y expose régulièrement de petits mobiles, ainsi qu’à la librairie et espace d’art Fahrenheit à Carthage.

Je termine une petite série de grands mobiles. Certains sont des commandes. Les autres, je les exposerai lors de Portes Ouvertes à l’atelier en juin, car cet espace de travail au cœur de La Marsa, derrière le palais Abdellya, est vraiment un endroit que j’ai à cœur de partager.

La suite, l’avenir me le dira…

Atelier Bois Nomade : pauline-effantin.com

Entretien conduit par Nadia Zouari – Photos : Yoann Cimier
Article paru dans iddéco n°29 – Août 2016

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