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"Le passage des anges I", 2017, diptyque 70 cm x100 cm - Graphite pastel sur papier Canson

OTHMANE TALEB
UN ARTISTE LIBRE

Architecte de formation, urbaniste confirmé, Othmane Taleb est doublé d’un artiste talentueux. La sensibilité exacerbée, Othmane Taleb, exprime la précarité humaine, sa fragilisation, son désarroi, conséquence de la rudesse des conditions socio-économiques actuelles. Parfaitement autodidacte, libre de tout carcan académique ou stylistique, il fait bouger les lignes, ébranle les certitudes, pour faire éclater au grand jour l’inqualifiable, l’insupportable, l’inadmissible, réalité de ceux et celles qu’on ne voit plus.

C’est en parcourant l’actualité qu’Othmane Taleb trouve son inspiration. Sa démarche est intuitive, expérimentale en quelque sorte. « Je n’ai pas de limite, souligne-t-il. Je suis autodidacte, je n’ai pas de formation académique, ma technique n’est pas conventionnelle, je suis libre de l’éprouver jusqu’à sa limite ».
Quand il commence un dessin, il n’a pas une idée précise de ce qu’il veut obtenir, il avance par touche, se laisse porter par son inspiration, jusqu’à ce que l’ensemble se mette en place, à sa juste place. En parallèle, il se documente précisément sur le sujet d’actualité, objet de son travail.

Un palimpseste vibratile

Partant d’une scène réelle, il reconstruit une nouvelle réalité à travers la décontextualisation des acteurs qui vivent (subissent) l’événement. Il procède par superposition de calques obtenant une sorte de palimpseste, ce parchemin que les copistes du moyen-âge effacent pour écrire un autre texte, et qui, en dépit de leur effort, laisse apparaître des traces des versions antérieures. La superposition crée un flou, une vibration, qui manifeste, rend visible, expose, la tension vitale dont il cherche à rendre compte. Tout l’art revient à trouver la limite entre révéler le caché, ou l’estomper au point de le faire disparaître.

Dans l’exemple du phénomène migratoire, qui est un de ses thèmes de prédilection depuis quelques années, il a réalisé une série de dessins aux graphites et pastels, « L’allée des anges », exposée au salon DDessins qui s’est tenu à Paris au courant de mars 2017. Chaque dessin est une scène ordinaire qui se déroule dans un métro de grande ville (Paris, New York, Londres, Madrid…), traversée par un flux de personnes
« anonymes », inconnues, les unes pour les autres, qui ne se regardent pas (voire s’évitent). Ces flux de transits quotidiens renverraient, de façon symbolique, à ces « périples » migratoires contemporains.

Sur cette scène  viennent se superposer des scènes réelles de migrants, se rajoute une troisième couche représentant une image emblématique de la renaissance. La composition en triangle, fondée sur les codes de la renaissance artistique, concentre, culmine en son sommet l’émotion et la diffuse dans tout l’espace de la feuille et irradie le spectateur.

La superposition des couches, en transparence et la perspective centrale, créent une profondeur symbolisant l’atemporel de la condition humaine. Les passants du métro, une réfugiée portant son bébé dans les bras, une sculpture gréco-romaine, superposent trois époques, trois espaces, et finalement manifestent une éternité universelle qui touche, émeut, tire les larmes. À Paris, un public de collectionneurs, de connaisseurs, mais également de néophytes, a été Intrigué, dérangé, ému.

Comme par évidence, cette thématique étant au cœur de la manifestation de Jaou 2013 organisée à l’initiative de la Fondation Kamel Lazaar et du Ministère des affaires culturelles, à l’occasion du retour de la Tunisie à la biennale de Venise, Othmane Taleb a été sélectionné parmi les artistes participants. Il a présenté à cette occasion une nouvelle série de dessins.

 

Une peinture à fleur de peau

Le dessin n’est pas la seule technique expérimentée par l’artiste qui, au début, s’était essayé à la peinture, particulièrement inspiré par le flesh painting. Il a réalisé une série de portraits. Ces portraits, marqués par les effets de matière de peau, cherchaient à exprimer les traces que la vie imprime sur la peau, les marques du temps.

En 2014, l’artiste a été invité en résidence, durant un mois, à la galerie Glass Box à Paris à l’initiative de la Fondation Kasbah Nova. Ils étaient cinq artistes, de différentes disciplines. L’idée était que la galerie elle-même serve de support à chaque artiste. Othmane Taleb a réalisé une fresque se déployant depuis le sol, le mur et jusqu’au plafond de la galerie, sur le thème de la psychologie de la foule. Prenant pour modèles différentes foules venant d’univers différents, il les a réunies en superposant les scènes au niveau des jonctions des différents plans, à la manière des fresques de la renaissance. L’aventure s’est poursuivie dans un deuxième temps, deux ans après, au musée du Bardo. L’œuvre réalisée à cette occasion était un quintique de 5 panneaux d’une largeur d’environ 1 m (papier Arche) sur 2 m de long (le plus grand dessin qu’il ait jamais réalisé) intitulé L’Angélus. Il s’agissait de son premier travail sur le thème de la migration. Ce qui le touche dans cette thématique, qui, depuis la Première Guerre Mondiale, caractérise nos sociétés, est le déracinement subi par les familles, la perte de repères existentiels, du rythme quotidien de la vie ; mais également du risque de désintégration encouru, du fait de la perte d’un ou plusieurs membres au cours de la traversée. Au Bardo, il a reconstitué une traversée imaginaire symbolisant cette souffrance.

Depuis un an, accompagné de son agent la designer Hager Azouz, il multiplie les projets. Il prépare une série de travaux pour la « Beirut art fair » qui se tiendra en septembre prochain. Il sera présent au Casa Drawing, une exposition de dessins contemporains, en octobre à Casablanca au Maroc. En ce moment, certains de ses dessins sont exposés sur l’île de Tinos en Grèce, dans le cadre des rencontres d’Exombourgo.

Texte : Alia Ben Ayed

Article paru dans Archibat n°41 – Août 2017

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