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Ordres – Désordres de Nadia Zouari

A Musk & Amber Gallery

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Musk and Amber est un lieu culturel particulier qui donne aux visiteurs l’impression d’être invités dans une demeure chaleureuse, accueillis par une hôtesse attentionnée. Dans un décor de beaux livres, de meubles choisis et d’objets de créateurs contemporains, la galerie accueillait du 15 mars au 11 avril 2017, l’exposition de Nadia Zouari intitulée « Ordres-Désordres ». Cette dernière, déjà connue des lecteurs d’Id déco puisqu’elle y collabore régulièrement avec une plume aussi bienveillante que rigoureuse, y présentait ses dernières œuvres, un travail mené depuis plus de deux années.

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L’exposition était de cette veine, toujours passionnément colorée avec quelques quatre mille pièces de puzzles qui rappelaient l’installation « Peace Puzzle » que l’artiste a exposée au musée d’Art Contemporain de Montélimar et au M.A.C de Volvic. Il s’agissait de pièces de grand formats suspendues au plafond et supportant les lettres lumineuses du mot « Peace » et de lettres au sol qui tentaient de recomposer le mot « Paix » en plusieurs langues. Pour comprendre cette démarche, il faut citer l’artiste : « En 2011 nous étions en pleine révolution. La Tunisie se révélait être une mosaïque de personnes qui se croisaient, coexistaient mais ne se rencontraient pas. J’avais déjà commencé à travailler sur l’idée du puzzle mais là, il prenait tout son sens. J’ai développé ce thème en insérant des pièces de puzzles dans mes peintures, mes sculptures et mes installations, avec l’idée de faire correspondre ces pièces aux personnes qui n’arrivaient pas à échanger, à communiquer. à l’époque, je n’en voyais pas la fin ».

A la lumière de ces paroles, on comprend pourquoi l’exposition aurait dû – et c’était certainement le vœu de l’artiste – s’appeler « imbrications », car ces petites pièces orphelines sont faites pour être assemblées. Elle s’est appelée « Ordres – Désordres », métaphore de la société dans laquelle nous vivons, morcelée, divisée, où les individus se sentent de plus en plus isolés et dont l’apparente unité a volé en éclats.

Nadia Zouari, qui nous a habitués à suggérer des univers oniriques avec ses paysages virtuels et colorés nous propose une nouvelle vision : il y a toujours des lueurs, des déchirures, des coulures, des explosions, mais il y a un élément permanent et répétitif, c’est la pièce élémentaire du puzzle, qui, comme l’atome ou la brique du même nom, parcours et structure des mondes en recomposition permanente. Les pièces du puzzle se cherchent, s’amassent, cheminent mais ne réussissent jamais à s’imbriquer. C’est une métaphore saisissante d’une société désarticulée où l’explosion récente a fait voler en éclat l’apparent ciment fragile qui en tenait les pièces. Si l’homme est toujours au centre de sa démarche, il évolue dans des nuées originelles d’où peuvent sortir des renaissances multiples comme autant de métempsychoses. Cris stridents, orages insensés, cœurs brisés, labyrinthes inextricables… le chaos sombre se met à hurler. Il y a des feux, il y a des gouffres il y a des ors et les pièces du puzzle impavides s’obstinent à chercher leur chemin. Dans cet univers tourmenté, de flammes et de déluges, le puzzle blanc se pare des couleurs de l’arc en ciel pour mieux s’en affranchir et donner à espérer une lueur à travers des barreaux imaginaires. Car c’est une partie qui se joue là, devant nous, âprement, dont nous ne connaissons pas les règles, ni les enjeux mais dont on voit les pièces du puzzle comme autant de pions uniques, différents, indubitablement importants. Quelle que soit sa couleur, quelle que soit sa parure, le module de base n’échappe pas à sa condition de chercheur, de modèle …Qui se ressemble s’assemble, dit-on.

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Et pourtant, il cherche son semblable et cherche à lui dire « oui » dans des tableaux qui lui donnent l’occasion d’accomplir cette quête à travers des réunions urbaines, nocturnes, dans des soirées disco, exotiques ou intemporelles.

Les êtres humains se sont mués peu à peu en ces petites pièces pour devenir des acteurs immergés dans la couleur d’une société, éparpillée, morcelée, fatiguée et en même temps emplie de cette énergie vitale où le passé est encore présent et l’avenir incertain. Les pièces errent, elles sont emprisonnées dans la matière, égarées sur la toile, et cheminent, solitaires ou groupées,cherchent à se retrouver,se réunissent jusqu’à s’agglutiner. L’on ne peut que se dire qu’elles nous ressemblent, à nous, êtres humains perdus dans ce monde en pleine mutation et en quête de valeurs nouvelles et d’évasions possibles. Nous sommes ces pièces, dans tous les sens, comme des bateaux qui auraient perdu le souffle et le nord.

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Pourtant, Nadia nous fait voyager, toutes voiles dehors dans cet univers tantôt mélancolique, peuplé de poussières d’étoiles, tantôt onirique, toujours généreux avec ces cœurs débordants de couleurs et prêts à exploser de vie.

à Musk and Amber l’artiste a rempli l’espace de lumière et de mots appelant à la paix et a libéré ses œuvres pour leur offrir une vie propre en les offrant aux regards des visiteurs. Une installation de sages puzzles blancs et transparents qui rythmaient une des salles de l’exposition étaient autant de clins d’œil amusés d’une artiste dont le regard porte au loin. Ce travail lumineux, optimiste et poétique tout à la fois, s’ouvre vers notre intérieur qui tourne sur lui-même, vers notre vacuité, vers nos vanités et nous propose une évasion de nous mêmes, évasion de ce monde troublé, évasion rêvée, vers le haut, cosmique, vers le ciel et la Paix.

Nadia, dans ce tumulte, continue sa route, elle regarde devant, et même si le temps n’est pas clément, tient le cap, emplit l’espace de lumière et de mots apaisés pour la partager avec nous.

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Texte : Edia Lesage – Photographies : Musk & Amber Gallery
Article paru dans iddéco n°36 – avril 2018

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