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Portrait Mouhamed Masoudi © YOANN CIMIER e1591084046271

Mohamed Messaoudi

La passion du patrimoine artisanal tunisien

Depuis tout petit, il évolue dans un univers où la mer est omniprésente, entre sa famille qui 50 ans durant a eu le monopole des articles de pêche avec les comptoirs maritimes de pêche et, plus tard, les voileries tunisiennes et d’inoubliables étés passés à Kélibia. D’une maman artiste, passionnée de décoration, aux doigts de fée et au goût sûr, maîtrisant l’art de la broderie, celui de la couture et du tricot tout autant que celui du bricolage, Mohamed Messaoudi a sans doute hérité sa fascination pour les objets…

Portrait Mouhamed Masoudi © YOANN CIMIER
Photo © Yoann Cimier / Studio Zembra   

Pièces de bateaux chromées, poulies, lampes maritimes, boussoles passionnait déjà le jeune Mohamed. Mais aussi la décoration car, très jeune, vers 14 ans à peine, il prenait déjà un plaisir infini à aider son père et ses oncles, principalement en décorant avec une surprenante habileté les vitrines du magasin familial. Ce fut sans doute son école, celle qui l’a poussé à créer sa propre galerie d’art, Driba, à la Marsa en 1990, puis l’Atelier de création artistique et artisanale AD 93 en 1993, qui a incontestablement contribué au renouveau et à la valorisation de l’artisanat tunisien.

Atelier Masoudi
L’entrée du l’Atelier AD93 © Vincenzo Magnani

Mais avant cela, il a tenu à perfectionner ses connaissances. Il part donc pour Paris et y séjourne entre 1984 et 1990, afin de suivre une formation à l’Institut des hautes études d’art et d’antiquités, spécialité céramique, destinée aux marchands d’Art. Il apprend tout sur la céramique européenne et d’Extrême-Orient, en somme internationale. A Paris, où il avait en parallèle quatre points de vente aux puces de St Ouen, il a frénétiquement visité musées et galeries, fréquenté le milieu des Arts et participé à de nombreuses expositions prestigieuses. Son préféré était le Musée des Arts Décoratifs qu’il fréquentait au moins deux après-midi par semaine. Par goût mais aussi parce qu’il est de tempérament curieux, il lui fallait percer les secrets des objets qu’il vendait. Avant de rentrer à Tunis, il décide de partir pour un long voyage initiatique au Mexique, à la découverte d’autres cultures et bien sûr d’autres musées. En réalité, deux musées ont transformé sa façon de voir et d’appréhender la scénographie : le musée d’anthropologie de Mexico et le Tamayo Museum of pre-Hispanic Art à Oaxaca. Il a été particulièrement touché par leur façon d’exposer et de mettre en valeur bijoux et autres objets en utilisant des matériaux locaux.

L’atelier AD93
L’atelier AD93 travaille sur les différentes techniques de l’artisanat © Vincenzo Magnani

De retour à Tunis en 1990, imprégné de toutes ces belles expériences, il crée la toute première galerie d’art de La Marsa. Il y organise alors des expositions à thèmes souvent patrimoniaux, avec de véritables mises en scène où de jeunes artistes, talentueux mais encore inconnus, côtoient les plus grands. Et, l’absence de moyens imposant la créativité, même les affiches se travaillaient à main levée, étaient sérigraphiées, découpées, colorées, collées artisanalement avec juste les moyens du bord. Dans le même temps, Mohamed Messaoudi découvre la richesse de la grande céramique de Tunisie : Qallaline, Guellala, Chemla, Nabeul… et rêve de se spécialiser dans cet art, rêve qu’il réalisera quelques années plus tard en créant son propre atelier de céramique entouré de ses deux compères Besma & Ezzedine.

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Mohamed Messaoudi devant sa collection de coffres © Vincenzo Magnani

L’espace d’art et d’antiquité Driba a ainsi vu se succéder nombre d’expositions originales de peinture, de sculpture, de céramique, de chéchia, de planches de Kûttab, dans lesquelles le patrimoine a toujours occupé une place de choix. Beaucoup d’entre elles, surtout à partir de 1997, étaient des expositions de prestige, sans vente, uniquement destinées à montrer des collections. Les expositions de grande envergure sont externalisées : exposition Chaouat à Dar Bach Hamba, Haddada au Palais Abdellya à La Marsa, ainsi qu’une exposition de céramique avec pas moins de 500 pièces de céramique, absolument exceptionnelles, notamment celles de Mohamed et Michèle Belajouza qui furent exposés à l’Exposition universelle de1930 à Paris, les coffres : « Snadik » en 2011 au Palais Kheireddine. Mohamed Messaoudi qui aime faire partager ses passions, a été le commissaire de l’exposition sur Les métiers d’art tunisiens à Paris, dans les vitrines du Palais Royal, qui connut un succès sans précédent. Dans la Médina de Yasmine Hammamet, il participe à la conception et la réalisation du Musée des civilisations et des religions, seul lieu en Tunisie où sont réunies les trois religions monothéistes, et où est exposée la collection de l’Atelier Driba.

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© Vincenzo Magnani

Toujours dans l’action, lorsqu’il s’agit de l’artisanat du pays, Mohamed crée Hirfa en 2012, une association pour la promotion et la sauvegarde des métiers et du patrimoine artisanal. Parmi les projets remarquables de l’association, la sauvegarde des métiers de l’halfa, leur valorisation et surtout la transmission par la formation de 24 jeunes filles, aujourd’hui capables de tisser cette fibre naturelle par ailleurs revisitée et adaptée au goût du jour.

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Sa passion de l’artisanat l’incite à parcourir la Tunisie, à la recherche de pièces rares. © Nadia Zouari

Dernièrement, Mohamed Messaoudi a tenu à rendre hommage, avec la Fondation Orestiadi de Gibellina en Sicile, au Sénateur Ludovico Corrao en scénographiant et en exposant au Presbytère Sainte Croix récemment restauré, les prestigieuses collections faites de pièces anciennes lui appartenant mais aussi celles du sénateur, fruit d’une passion commune pour le patrimoine tunisien et par-delà méditerranéen. Les collections du sénateur Corrao témoignent de l’histoire croisée et surtout des liens tellement anciens et profonds qui unissent les peuples de la Méditerranée.

Tortue
Les tortues exposées à l’hôtel SPA Dar el Jeld © Photo Mohamed Messaoudi

L’exposition « Tortues », qui s’est tenue à l’Hôtel SPA Dar El Jeld en janvier 2020, montée avec la collaboration de Lilia Bel Hadj Khalifa est venue de l’idée de faire du neuf avec du vieux, conformément à la philosophie de l’Atelier AD 93, mais aussi d’une fascination pour les tortues réalisées par les potières de Sejnène.

Des collections de l’espace d’art Driba en passant par les ateliers AD 93, Mohamed Messaoudi, toujours curieux de tout, n’a cessé d’innover. Et continuera encore longtemps à nous étonner !

Texte : Nadia ZOUARI

Mohamed Messaoudi a publié plusieurs ouvrages destinés à la valorisation du patrimoine artisanal : Apogée du Jelliz en Tunisie ; Chaouat, terre cuite de Djerba ; Haddada, ferronnerie de Tunisie. Il a également contribué à la réalisation de l’ouvrage Chemla, un siècle de céramique d’art en Tunisie.

Article paru dans iddéco n°43 – Avril 2020

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