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MG 6007

MEHDI BENEDETTO
Pierres et merveilles

Pendant deux saisons de suite, en 2004 et 2005, l’atelier Benedetto, spécialisé dans la marqueterie de marbre et la mosaïque, reçoit deux commandes de rêve. La fameuse marque de luxe Hermès du Faubourg Saint Honoré l’invite à créer les pièces maîtresses pour la décoration de ses vitrines automnales. Les carrés de soie qui ont donné toute son aura à l’enseigne française sont alors repris en pierres dures et semi-précieuses par Mehdi Benedetto, l’artiste artisan qui dirige le showroom-atelier niché dans une ruelle du quartier de la Soukra.

 

Leila Menchari, chef décoratrice d’Hermès le sollicitera encore une fois pour une scénographie où ses médaillons en marbre sculptés dans la pierre de Bulla Regia rappelant les tons de cuir tanné ayant fait la notoriété de la marque seront déposés ici et là dans les vitrines. De cette expérience inoubliable de collaboration avec Leila Menchari, il garde le souvenir des discussions sans fin avec la dame aux immenses yeux verts dans les jardins luxuriants de sa maison d’Hammamet. Il en garde également ce cadeau inattendu. La maison lui a offert dix kilos de lapis-lazuli,  pierre semi-précieuse d’un joli bleu d’outremer, qu’il aime incruster dans les visages des personnages de ses tableaux à chaque fois qu’il veut évoquer la lumière d’un regard.

Sous l’emprise de gustave klimt

Personne mieux que Mehdi Benedetto ne connaît la géographie des pierres et des marbres en Tunisie. Sa double passion de la chasse et de la pêche lui ouvre un immense territoire où il puise le vert Majus (Tebourba), pierre semi-marbrière pure et dense, l’ivoire de Chemtou, le marron jaunâtre de Djebel el Ouest, le gris de Foussana, le rouge de Bulla Régia et puis toutes ces pierres élégantes et raffinées qui gisent dans les carrières… Au fond des mers dorment également des merveilles insoupçonnées. C’est d’ailleurs avec des pierres aquatiques, chargées de nervures, qu’il a illustré la robe de sa Diva, tableau né de son imaginaire actuellement exposé dans son atelier et montrant une chanteuse d’opéra toute en rondeurs accompagnée de son pianiste à l’ombre noire.

Je rêve de monter une exposition uniquement avec des galets et des trouvailles sorties de la Méditerranée

A côté, une œuvre qui rivalise avec le travail de son auteur d’origine, Gustav Klimt. L’Attente  est le troisième tableau que réalise Mehdi Benedetto, d’après le peintre symboliste autrichien. Il y a eu tout d’abord  Le Baiser, vendu à un collectionneur privé puis Judith, exposé le mois d’octobre dernier à la galerie El Bordj, à la Marsa. Deux vrais exploits surtout lorsqu’on sait qu’un mosaïste réussit une tesselle sur quatre. 14 000 pièces composent Judith. On imagine alors le travail d’orfèvre et le volume de temps qu’une œuvre comme celle-ci demande à l’artisan. Et puis toutes ces heures passées à dompter la roche, à la cirer, la poncer, la frotter, la polir…

« Réaliser Le Baiser  de Klimt en marqueterie de marbre et micro-mosaïques fait partie de ces impossibles possibles qui me stimulent beaucoup. Après un tel projet, tout le reste devient un jeu d’enfant », affirme ce jeune homme de 36 ans aux yeux d’un bleu rappelant l’azur lointain.

L’avenue bourguiba sur votre table…

Sa formation dans une école des beaux arts tunisienne et son passage chez Artémis, une entreprise de calepinage et de fabrication d’articles en mosaïque, lui procurent très vite les clés d’un métier basé sur la spécificité de la pierre et sur les techniques de son découpage. Epris de liberté et du sens de l’aventure, il ouvre son atelier et rencontre rapidement une clientèle qui le suit dans ses coups de cœur et ses échappées belles artistiques. Certains lui donneront carte blanche pour décorer un intérieur et le munir en tables, consoles, miroirs, tapis de sol, vasques de lavabos… Beaucoup d’étrangers fréquentent son atelier à la recherche d’un objet rare et beau, tel ces tables de jardin au centre desquelles il aime intégrer des carreaux de céramique anciens chinés chez les antiquaires de Tunis.

Coup de folie ou coup de génie ? Lorsque Mehdi apprend la nouvelle que tout le pavage de l’avenue Habib Bourguiba va changer, il se précipite. Achète tout. Il mobilise 160 camions pour l’opération. Et accumule le « trésor » dans son dépôt. Pourquoi ?

L’artisan artiste répond : « Ces pierres ont pour moi une valeur affective. Qui n’a pas marché dessus ? Quel président de la République n’a pas foulé ce sol illustre que des maçons maltais et italiens ont probablement installé il y a plus d’un siècle ? Le jour où j’aurai les moyens j’aménagerai le sol de mon salon avec ces pierres qui monteraient jusqu’au plafond. Je me rappelle avoir lu une fois qu’un sculpteur allemand avait acheté un vieux pont en acier. Les pièces qu’il a fabriquées à partir de ce matériau se sont vendues comme des petits pains. Les gens voulaient s’approprier un morceau d’un monument historique qui a marqué leur vie ».

Pour les fêtes de fin d’année la boutique de Diwan Dar El Jeld dans la médina de Tunis lui a commandé quatre vingt sous plats. Ceux qui achèteront ces pièces uniques aux nuances marron, vert et beige, ne sauront probablement pas que sur leur table gît une tranche de l’histoire contemporaine de la Tunisie…

Texte : Olfa Belhassine – Photos © Daousser Ben Khelifa

Mehdi Benedetto : Tél.: 98 646 448 – atelier.benedetto@planet.tn – www.mehdibenedetto.canalblog.com

Article paru dans iddéco n°7 – décembre 2020

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