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L’esthétique des courbes ou l’histoire du Théâtre Municipal de Tunis

Superbe dans son architecture style Art Nouveau, et haut lieu d’effervescences culturelles, le Théâtre de la ville de Tunis, conçu par l’architecte Jean-Emile Resplandy, est le principal théâtre de Tunis et surtout le plus célèbre des théâtres de la Tunisie moderne. Inauguré le 20 novembre 1902, nommé alors Casino municipal de Tunis, et plus familièrement la « bonbonnière » au vu de sa forme, il est emblématique du style architectural et esthétique qui prévalait en Europe au tournant du siècle dernier.

En effet, en la fin du XIXème siècle, Tunis possédait la vivacité spontanée d’un creuset d’ethnies et de traditions qui animaient la vie sociale tunisienne. C’est dans cette babélique atmosphère que l’Art Nouveau fit son apparition à Tunis, signe précurseur et authentique de la modernité dans le domaine artistique. L’architecte français Resplandy, né en 1866 à Perpignan et formé à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, se voit alors confié en 1899 la réalisation d’un complexe urbain comprenant le Théâtre municipal, le casino d’hiver «Le Palmarium» et l’hôtel Tunisia Palace. Le Théâtre municipal est certainement l’édifice le plus remarquable du complexe. Tout en gardant une certaine sobriété qui reflète le souci de Resplandy d’adapter l’édifice à son environnement urbain immédiat, l’architecture blanche et les divers espaces internes du théâtre, du vestibule au foyer, reflètent le langage Art Nouveau d’inspiration baroque. De composition architectonique classique, il est cependant doté d’une riche décoration en bas-reliefs, d’extravagantes corniches et de poétiques enchevêtrements végétaux, qui entourent les ouvertures et envahissent les belles solutions angulaires.

 

La première version du théâtre, dont la capacité d’accueil ne dépassait pas 856 places, fut démolie en 1909. Le théâtre fut alors transformé et agrandi pour accueillir 1350 sièges sur 4 niveaux (orchestre, balcon, mezzanine et galerie). La salle de spectacle, les baignoires et le reste ont été confiés à l’architecte Lucien Voog, spécialiste des espaces théâtraux, ayant déjà travaillé sur des typologies analogues. La nouvelle salle, dont seule la façade extérieure a été laissée intacte, fut inaugurée à nouveau en 1911. Remarquable par la modernité de sa structure, cet espace est rendu vibrant par une riche et exubérante décoration en stuc, qui contraste avec la linéarité des structures. Enfin, pour le célébrer le centenaire du Théâtre, une rénovation totale a été effectuée en 2001.

Les grands maîtres de l’opéra ont fait l’essentiel du programme des premières saisons avec les plus prestigieux acteurs du moment : Wagner, Verdi, Pucciné, Bellini, et les maîtres français avec Massenet, Meyerber, Messayer, Gounot, Saint Seans, Halevy, Charles Lecoq. Côté théâtre il faut évoquer tout naturellement le souvenir de Sarah Bernhardt et les plus grandes tragédies de la comédie française de l’époque, comme Madame sans gêne de Victorien Sardou. Entre les deux guerres, les maîtres de la modernité théâtrale, tels que Louis Jouvet, avait même reçu une décoration tunisienne à la suite d’une représentation de son plus grand succès Knock ou le triomphe de la médecine pièce de Jules Romains.

Après la 2ème guerre mondiale, ce sont les monstres sacrés de l’époque qui sont venus étonner le public contemporain, à l’exemple de Gérard Philipe et le théâtre national populaire de Jean Vilar, ou de la compagnie Renault-Barrault et les surprenantes mises en scène de Jean Louis Barreault. Le théâtre de Boulevard était constamment à l’affiche avec ses monstres sacrés, tels que Paul Meurisse, Pierre Brasseur, Daniel Gélix, Bernard Blier, François Périer. Les grands comédiens et les grandes vedettes du cinéma, du théâtre et de la danse, alors ont été sollicités : Georges Abiadh, Youssef Wahbi, surtout, Zaki Tuleyemet qui fut même pendant quelques années directeur de la troupe de la ville de Tunis; de même que Farid Elatrach et l’inoubliable étoile de la danse orientale Samia Jamel.

Après l’Indépendance, le théâtre tunisien à travers la troupe de la ville de Tunis fondée en 1954 a brillé de mille feux, surtout avec le grand réformateur de la scène que fut Ali Ben Ayed, directeur de la troupe municipale de théâtre d’alors, ainsi que les brillantes créations marquantes du tout début des années 1960 et les magnifiques adaptations de Hassen Zemerli.   

Les années 1990 furent marquées par les créations de Familia Production avec Les Amoureux du café désert, Une Soirée particulière, et l’immense succès enregistré par Jounoun qui s’est vu portée au programme du prestigieux festival d’Avignon 2002.

Ce lieu prestigieux vieux de plus d’un siècle a marqué, à travers la majesté de ses courbes et ses lignes enchevêtrées style Art Nouveau, le début d’une longue période d’effervescence artistique où les grands noms des arts et du spectacle se sont retrouvés pour offrir au public éclairé de la Tunisie moderne un ravissement culturel sans pareille.

Photos : Douraïd Souissi

Article paru dans iddéco n°6 – Septembre 2010

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