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LE QOBQÀB

... Bien plus qu’une chaussure

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Qobqàb ragabuj en bois ciselé qui n’a pas encore reçu de bride.

Le qobqàb est bien plus qu’une chaussure, c’est une pièce incontournable du patrimoine tunisien. Il faisait partie du trousseau de la mariée. Le qobqàb a accompagné la femme tunisienne à travers l’histoire. Il avait de multiples usages qui déterminaient sa forme : un qui sert pour le hammam, un pour la maison le jour, un autre pour le soir et un pour les soirées mondaines. En effet le modèle que la femme met chez elle pendant la journée pour faire les taches quotidiennes n’est pas le même qu’elle mettrait le soir ou encore moins pour la fête du henné pour son mariage. Ceci prouve que le type d’ornement est une forme de différenciation d’usage mais aussi de distinction des classes sociales. Il en transparait le raffinement notable des femmes d’antan pour qui chaque détail avait son importance.

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Qobqàb en argent ciselé crée par Mohamed Rafik Helioui.

Le qobqàb était à la base de simples socques de bois avec une lanière de cuir, qui depuis toujours, existaient dans les hammams et étaient utilisés par les hommes et les femmes, pour éviter de tremper les pieds dans les eaux usées  ou de glisser. Compte tenu de leur côté pratique et  surtout de la démarche élégante qu’ils permettaient d’avoir, ils étaient vite devenus des objets exclusivement féminins, ornés et brodés avec des éléments de valeur. Il chaussait les pieds des femmes et des jeunes filles à la maison pendant la journée. Le soir, quand elle se préparait pour accueillir son mari qui rentre du travail, la maitresse de maison mettait son qobqàb ragabùj qui lui donne une allure sensuelle.

Le qobqab du hammam, modèle basique en bois ordinaire, réservé pour les femmes et les hommes a perduré à travers décennies et générations. Il perdurera encore peut être un temps  et disparaitra à son tour. Quant aux autres modèles, taillés dans divers bois noble et richement ornés, ils ont disparu, depuis longtemps de la vie pratique. Quelques spécimens existent encore, comme objet d’art dans des collections privées ou chez certains brocanteurs. Il faut, cependant, ajouter que ces modèles, rares de nos jours, variaient d’une région à l’autre. A Tunis, le qobqab Ragabuj avait une semelle en chêne, hêtre ou autre,  assez haute, généralement sculptée dans la masse et recouvert de plaques d’argent repoussé. La bride ou lanière était en velours rehaussée de broderie dorée ou argentée. Par contre, à Sfax, la semelle du ragabuj est incrustée de nacre et la bride est brodée de fils de soie. Il éxistait aussi dans la même région un autre modèle appelé Qobqab Bel Asfour. Celui-ci avait une semelle effilée à la pointe et au lieu de la bride habituelle, il était pourvu d’un élément de bois tourné qui entourait le gros orteil et permettait au pied de s’agripper. A Hammamet, en revanche, on retrouve un autre type de qobqab à semelle pointue à l’avant et à talons hauts. Ce modèle peint en vert était décoré de motifs floraux. La bride qui retient l’avant du pied était en velours vert  brodé de fils d’argent. Les hammamétoises portaient fièrement ce modèle lors des fêtes et des cérémonies de mariage.

Une typologie qui change d’une ville à une autre pour créer une diversité passionnante

Ainsi, le qobqab, objet traditionnel et élément précieux du patrimoine vestimentaire tunisien, à une typologie  qui variait d’une ville à l’autre pour créer une variété aussi riche que passionnante. Le qobqab Ragabuj, devenu objet de décoration ou pièce de collection, nous interpelle toujours ne serait-ce que pour nous insuffler une certaine nostalgie du temps révolu mais aussi pour nous rappeler qu’il est un des ancêtres de l’évolution de la chaussure actuelle. On peut dire que le concept du qobqab a évolué dans le temps en s’adaptant aux nouveaux modes et rythme de vie et aux changements de goûts.

Texte : Myriam Meliani – Photos © Myriam Meliani et Bahri Messaoudi

Tous nos remerciments à ceux et celles qui ont eu l’amabilité de nous donner accès à leur collection privée.

Article paru dans iddéco n°6 – Septembre 2010

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