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kandisky la baie de Tunis 1905

Le périple tunisien des maîtres du Bahaus

À l’occasion du centenaire du Bauhaus, le Goethe-Institut Tunis commémore, par une exposition, la naissance de cette école allemande mythique et de ce mouvement d’avant-garde de l’art moderne. Parmi les illustres maîtres du Bauhaus figurent les peintres Wassily Kandinsky et Paul Klee dont le voyage en Tunisie a bouleversé leurs appréhensions de la couleur, de la forme et de la lumière. L’escapade tunisienne inspirera aux deux pères fondateurs de l’art abstrait un langage pictural inédit et une nouvelle approche de la théorie des formes et des couleurs qu’ils enseigneront dans les ateliers du Bauhaus.

Paul Klee Kairouen 1914Paul Klee – Kairouan, 1914

Paul Klee et Wassily Kandinsky forment un duo emblématique de l’histoire de l’art moderne qui les présente comme les pionniers fondateurs de l’art abstrait. Réunis par une amitié profonde qui aurait durée plus de 20 ans, ils ont été collègues au Bauhaus où Klee enseignait la Théorie de la mise en forme picturale et Kandinsky dirigeait l’atelier de la Peinture murale, à partir de 1922. Cependant leur amitié prend racine bien avant l’aventure du Bauhaus. En 1909, cinq ans après un voyage de trois mois en Tunisie, Kandinsky invente un langage pictural révolutionnaire qu’il qualifie d’art abstrait. Pour réunir autour de lui une communauté d’artistes qui partagent ses aspirations vers l’abstraction de la peinture moderne, il fonde avec Franz Marc, en 1911, le groupe du Cavalier Bleu où il rencontre Paul Klee parmi les adhérents.

Un langage pictural révolutionnaire, l’art abstrait

En mai 1912, Kandinsky publie l’Almanach Le Cavalier Bleu dans lequel Klee est présent avec un dessin. Le jeune Klee a alors 33 ans et déclare dans son journal être impressionné par Kandinsky son aîné de 13 ans. A cette époque Kandinsky se définit déjà comme un artiste confirmé tandis que Klee est un dessinateur qui n’a pas encore trouvé sa voie en tant que peintre. C’est un voyage en Tunisie en 1914, sous le conseil de son ami Kandinsky qui l’aidera à inventer son propre langage pictural et à embrasser sa vocation. A l’arrivée de Kandinsky en 1904 et de Klee en 1914, la Tunisie est une destination pour les artistes figuratifs en quête d’orientalisme. à dix ans d’intervalle, les deux voyages opéreront sur le style pictural des deux amis de profonds changements qui les mèneront sur les chemins de l’art abstrait. En accostant à Tunis, chacun d’eux avait le projet de s’accomplir et de se libérer du figuratif. Quatre matrices communes ont inspiré les deux peintres qui peuvent être résumées par la lumière, les couleurs du paysage naturel, les formes géométriques du paysage architectural ainsi que les motifs décoratifs des tapis, de la céramique et des poteries, bannissant toute représentation figurative humaine.

kandisky la baie de Tunis 1905
Wassily Kandisky – La baie de Tunis, 1905

La couleur me possède. Je n’ai plus besoin de l’attraper.

Le voyage de Klee sera marqué par son séjour de 8 jours à Kairouan qui transformera définitivement sa vision des couleurs, des lignes, des compositions et des formes. Dans un instant d’illumination, il écrira dans son journal : « La couleur me possède. Je n’ai plus besoin de l’attraper. Elle m’a conquis pour toujours, je le sais. La couleur et moi ne faisons qu’un. Je suis peintre. » Pour décrire dans ses mémoires la Tunisie, il dira « ce pays qui me ressemble » pour exprimer une imprégnation profonde et durable de l’aura du pays. Tout au long de sa carrière, Klee peindra des petits formats rappelant l’art de la miniature ainsi que des lignes brisées ou des signes mystérieux évoquant l’art de la calligraphie. Les formes architecturales de la ville mauresque et les motifs de tissages des tapis kairouanais influenceront la majorité de ses œuvres. Plus qu’un voyage, son séjour est une initiation.

A la recherche de mouvement

Ce sentiment est partagé par Kandinsky qui avait été fasciné par les dômes de l’architecture maraboutique de Tunis, les formes géométriques des remparts de la ville de Sousse et les mouvements des cavaliers de la région du Kef. Représenter le mouvement était l’une des principales préoccupations des deux artistes. Dans les tableaux, flèches et triangles indiquent la direction, rotation et diagonales créent l’impression d’élan et d’impulsion. La temporalité du rythme joue également un rôle important, chez les deux créateurs, dans cette recherche de mouvement. Dans son carnet de voyage Klee se déclare inhibé par « l’architecture blanche strictement rythmée »
des villes tunisiennes qui inspireront les compositions de ses toiles ainsi que celles de Kandinsky. De retour en Europe, c’est à partir de 1914 que Klee commence à décomposer les motifs en champs colorés géométriques, impulsant ses premières tentatives pour réduire ce qui est représenté à des formes quadrangulaires abstraites. Suite aux deux voyages, les deux artistes ont produit des compositions géométriques et abstraites qui doivent être saisies comme une réflexion sur les purs moyens plastiques, la couleur et la forme. Sur les surfaces de leurs toiles divisées en champs rectangulaires de couleur bleu, vert, jaune, rouge ou en formes géométriques rythmées, les deux peintres abstraits expérimentent la synthèse entre l’architecture et l’image. Cette pratique de la peinture influencera leurs enseignements au Bauhaus où ils développent davantage leurs théories sur les couleurs et les formes. A cette époque, ils ne partent plus de l’impression de la nature pour structurer la surface peinte, mais développent des compositions purement abstraites. A partir de 1922, au Bauhaus de Weimar puis à Dessau, les deux artistes se rapprochent et leurs œuvres semblent dialoguer, dans la mesure où les deux amis recourent à des techniques et à des motifs identiques inspirés de leurs voyages communs en Tunisie que chacun continuera à interpréter selon son propre langage.

Texte : Salma Alouane

Article paru dans iddéco n°42 – décembre 2019

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