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Musée Bourguiba 033

Le palais de Skanès

La seconde vie d’un haut lieu de mémoire

L’édification du palais présidentiel de Skanès entre dans le cadre d’un programme plus vaste initié par le président Habib Bourguiba dans sa ville natale de Monastir dès le lendemain de son accession à la magistrature suprême du pays, le 25 juillet 1957. Ce programme comprenait des travaux de réhabilitation et de réaménagement de divers quartiers, monuments et espaces publics de cette ville, ainsi que l’édification d’une résidence d’été pour le président de la République et d’une nécropole pour accueillir les sépultures de la famille Bourguiba.

Le choix de Bourguiba et de son architecte conseil, Olivier Clément Cacoub, s’est porté sur la plage de Skanès, sur le littoral nord de la cité de Monastir, pour l’implantation du nouvel édifice. Là, sur un terrain d’une superficie de 50 hectares, a été érigé le palais proprement dit, d’une superficie couverte de 500 mètres carrés. L’entrée du palais est précédée d’un bassin à fontaine musicale, à l’époque considéré comme le plus grand d’Afrique.

Cette résidence comprend au niveau du sol un hall d’accueil, une salle de réception dite « le Salon marocain » au stuc et bois ouvragés réalisés par des artisans marocains et une esplanade aménagée en terrasse, avec piscine et promenade allant jusqu’en bord de mer. D’élégants escaliers conduisent à partir du hall au premier étage. Celui-ci comprend une salle à manger pouvant se transformer en salle de réunions, le bureau-bibliothèque présidentiel ainsi que l’aile privée du président avec sa chambre à coucher et sa salle de bain, celles de Mme Wassila Bourguiba Ben Ammar et une infirmerie.

Enfin, une terrasse située sur le toit permettait de jouir de la fraîcheur marine en période estivale et d’embrasser de la vue la corniche de Skanès, la plage et le parc du palais.

L’art et la manière

Olivier Cacoub, l’architecte qui concevait ses œuvres « comme des gestes » et voyait « tout en volume, comme un sculpteur », a créé un édifice de marbre blanc tout de grâce aérienne. Il en a confié l’ameublement et la décoration à des maîtres parisiens d’envergure planétaire. A André Leleu, héritier d’une famille d’ébénistes qui a régné sur la décoration française un demi-siècle durant et qui a pris le relais de son père entre 1948 et 1970. A Maxime Old, créateurs de meubles, décorateur, architecte d’intérieur et acteur-phare du mobilier d’art au XXe siècle et particulièrement reconnu tout au long de sa carrière qui va du début des années 30 à la fin des années 80. A Raphaël Raffel, « décorateur intarissable », sensible à l’esprit décoratif scandinave et qui mêlera à l’économie des moyens une recherche poussée du confort. A Jean-Claude Bissery qui a dessiné les cartons de quatre tapisseries murales dont deux de grandes dimensions et qui ont été réalisées avec la technique du klim par les ateliers de l’Office National de l’Artisanat de Gafsa, alors dirigés par le grand Hmida Ouahhada.

Au titre de la contribution tunisienne à la décoration de cette résidence, signalons la superbe fresque en carreaux de céramique d’Abdelaziz Gorgi qui se déploie en bordure de la terrasse, ainsi celle de Moïse Chemla inspirée des miniatures persanes. Le palais a été inauguré pour la célébration du 59e anniversaire du premier président de la République tunisienne, le 3 août 1962.

La traversée du désert et le sauvetage

Dès le lendemain du « coup d’Etat médical » du 7 novembre 1987, le palais de Skanès a été laissé à l’état d’abandon. Seule une poignée d’agents a continué à veiller sur les lieux qui se sont ainsi trouvés exposés aux aléas d’une gestion laxiste, pour ne pas dire défaillante. Et c’est ainsi qu’au fil des ans vols et déprédations ont petit à petit dépouillé la résidence de son mobilier et de sa décoration et détérioré ses diverses installations. En 2012, un décret présidentiel érigeait le palais en monument historique, assurant ainsi sa sauvegarde et ouvrant la voie à sa réhabilitation, tâche pour laquelle la présidence de la République a alloué une enveloppe d’un montant de 3,2 millions de Dinars. Le Ministère de la Culture, à travers l’Institut National du Patrimoine (INP) et l’Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC), a été chargé de cette mission.

Beit Bourguiba (c’est désormais l’appellation officielle du palais de Skanès), outre tout ce qui a pu être récupéré ou acquis parmi les effets personnels du leader et premier président de la République tunisienne et qui seront exposés dans les différenteS ailes de l’ancien palais, comportera un pavillon de documentation et d’archives, nanti de 120 boîtes d’archives et de 680 albums de photos retrouvés dans les combles du palais présidentiel de Carthage, ainsi qu’une salle de conférence.

Texte : Tahar Ayachi – Photos :Samia Chagour
Article paru dans iddéco n°17 – Juin 2013

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