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MG 4630

Le « Mrach »
Eau de rose ou d’oubli ?

Elément incontournable du cérémoniel, le mrach sert comme son nom l’indique, à asperger lors des festivités le creux de la main des invités de fines gouttes d’eau de senteur. On se sent alors transporté par les trésors parfumés d’eaux de jasmin, de rose ou encore de fleur d’oranger, que recèle notre pays. Le mrach fait ainsi un lien subtil entre le sacré de la cérémonie du mariage à la mosquée, ketben zdek, et le monde profane du parfum.

 

Le savoir-faire de cet artisanat qui se transmet de génération en génération trouve son inspiration dans les civilisations turques et italiennes. Les motifs floraux que l’on retrouve sur différents types de mrach sont d’un grand raffinement et d’une grande précision.

Objet cérémoniel, devenu au fil des années objet de collection et de décoration, le mrach appelé lance parfum ou aspersoir, littéralement «ce qui asperge» est une pièce maîtresse du travail de l’orfèvre tunisien, et fait partie d’un ensemble composé de plusieurs pièces dédiées à la cérémonie de mariage ou à la toilette de la mariée. Dans ce trousseau traditionnel qu’offre le marié à sa promise, le mrach est accompagné d’un encensoir mabkhra, d’un poudrier, d’un étui à khôl, de peignes, d’une paire de sabots qobqàb et d’un coffret à bijoux, le tout en argent.

Le lance parfum, pièce extrêmement élégante, est de forme élancée, composée d’un pied à base circulaire, d’un corps principal sphérique et d’un versoir très allongé dont l’extrémité se termine généralement d’une olive ou d’une fleur percée de petits trous qui laissent passer l’eau de senteur. Cette extrémité peut être agrémentée de corail ou d’ambre noir en guise d’ornement.

Dans le travail de l’orfèvrerie et plus particulièrement du mrach on dénombre trois techniques différentes d’ornementation. Les plus anciennes sont le repoussé et le ciselé. Le repoussé consiste, dès qu’on obtient sa forme de base, à remplir le mrach de plomb fondu qui servira de support uniforme. Ensuite après avoir tracé les motifs, l’artisan traite les vides au burin et au marteau pour qu’ils s’enfoncent ce qui laisse le décor en relief. C’est la résistance du plomb qui a «repoussé» les motifs en question. Le ciselé se base sur le même principe que le repoussé mais la différence réside dans le fait que le décor est travaillé en creux et non en relief.

Quant à la technique de l’argent filigrané, fodha mchebka, elle correspond à une mode apparue dans les années 60 que les bijoutiers musulmans et israélites ont emprunté à l’Italie et à la Syrie. Cette technique consiste à l’assemblage par soudure d’un assez grand nombre d’éléments dont le contour est façonné en fil d’argent épais et l’intérieur rempli de spirales en fil d’argent très fin.

A l’époque, chaque artisan avait son style ou cachet qui lui est propre. On ne peut que saluer le caractère particulier du travail des familles Temimi et Helioui qui sont dans l’orfèvrerie depuis le début du XXe siècle et qui n’ont eu de cesse, d’une génération à l’autre, de perfectionner et renouveler leur travail afin de satisfaire une clientèle de connaisseurs.

Mais, depuis de nombreuses années, ces artisans si passionnés connaissent un fléchissement sans pareil dans la vente de leurs produits. Si on leur demande les raisons de cela ils parlent de la valeur de l’argent qui ne cesse d’augmenter de façon fulgurante ; de nos jours, le prix du kilo d’argent avoisine les 1000 dinars. Le mrach traditionnel, de grande taille, ouvragé en argent repoussé ou en filigrané, monté pièce par pièce, ne se vend quasiment plus en raison de son prix trop élevé. Ces artisans révèlent alors que cette pièce n’est plus fabriquée de cette façon, à cause de la quantité de travail et de temps qu’elle exige. De ce fait, pour pouvoir vendre, on privilégie des pièces plus petites, réalisées à partir de moules à l’aide d’un tour et travaillée avec la méthode du repoussé ou du filigrane pour certains.

Par ailleurs, le mrach existe toujours dans les traditions de beaucoup de familles, même les plus modestes, lors de la cérémonie de mariage avec le panier de la mariée knestrou. Il se décline alors dans d’autres matériaux moins onéreux que l’argent, comme le cuivre nickelé ou encore le métal. Ceci permet à moindre coût la production en série de mrach moulés avec des motifs simplifiés à l’extrême. Le mrach n’est plus comme avant, il a perdu de son âme et devient associé à un univers kitsch dans un panier de satin rose bonbon ou blanc, entouré de fioritures et de froufrous en tout genre.

Evidemment, pour que la tradition du mrach ne se perde pas et que son savoir-faire ne tombe pas en désuétude il faudrait que les designers d’aujourd’hui se réapproprient cet objet, le réinventent. A ce titre on peut citer le mrach revisité par Sadika Keskes en verre soufflé et argent il y a déjà quinze ans de cela.

Cette artiste a su réinterpréter cet objet avec le mariage de ces deux matières. L’utilisation du verre confère au mrach une dimension de légèreté et d’épuration. Détaché de sa fonction première il est vu comme un objet de décoration qui orne les intérieurs tunisiens.

Enfin Mohamed Kamel Temimi nous confie que depuis quelques années, la vague déferlante des importations de produits chinois a envahit l’artisanat et les souks tunisiens. Les anciennes familles d’orfèvres ont pour la plupart vendu leur boutique et laissé la place à ces marchands dont la préservation du patrimoine tunisien est la dernière des préoccupations…

Article paru dans iddéco n°8 – avril 2011

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