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Le monde enchanté d’Aly Ben Salem

Des blanches colombes, des biches élancées, des nymphes surgies d’un paradis perdu et des sirènes aux yeux renversants de beauté, des paysages fleuris, des fonds aquatiques, des chevaliers vaillants… De tous ces ingrédients comme surgis d’un monde enchanté, d’un paradis réinventé, Aly Ben Salem n’a pas arrêté depuis les années 40 de composer et recomposer un univers pictural  évoquant le merveilleux, le rêve, le bonheur.  Ben SalemDSC 5601

L’ œuvre de cet artiste prolifique jusqu’à la fin de sa longue existence est impressionnante. Aly Ben Salem s’est en plus essayé, toujours avec le même talent, à une large gamme de techniques : l’aquarelle, l’acrylique, le dessin, la peinture sur et sous verre, l’émail sur bois, l’encre de chine, la mosaïque, la sculpture sur bois…

L’œuvre méritait d’être montrée et expliquée au grand public. Le centenaire de la naissance d’Aly Ben Salem coïncide avec le 25 décembre 2010. C’est cette date anniversaire que le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine a choisie pour rendre hommage au doyen des plasticiens tunisiens disparu en 2001. Au programme une grande exposition rétrospective, un livre et un catalogue relatant son long parcours artistique.

Premier tunisien musulman à suivre les cours de l’Ecole des Beaux Arts de Tunis, il évolue, au début des années 30, une fois son diplôme en poche sous la direction de Jacques Revault, alors directeur de l’Institut des Arts Indigènes (l’ancêtre de l’Office de l’Artisanat). Il s’applique à reprendre en aquarelles tous les rites et coutumes, les scènes de mariage, les séances de henné, les fêtes de circoncision ainsi que les divers métiers traditionnels, le savetier, le chaouachi, le potier, le sellier, les brodeuses, le fabricant de chapelets, le tisserand, le marbrier…Une précieuse collection ethnographique découle de cette expérience, qui enrichit la palette du peintre d’une touche décorative directement inspirée du patrimoine local.

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La découverte de la miniature

En 1936, Aly Ben Salem débarque à Paris. Il s’éprend de cette ambiance bohème de Montparnasse, s’introduit dans les cercles artistiques de l’époque, monte avec Jacques Soustelle les documents ethnographiques du Musée de L’homme. Un an après, il apprend qu’il est désigné décorateur du pavillon tunisien à l’Exposition universelle de Paris.

Mais c’est la découverte de la miniature islamique à la fin des années trente, qui bouleversera la démarche de l’artiste. Il délaisse alors la perspective occidentale pour adopter les couleurs à plat et le discours esthétique de l’art oriental.

« Ce dernier procède, en effet, non par ombre et lumière, mais par le contraste des couleurs. C’est le contraste des couleurs qui crée l’ombre et le relief ignorant toute perspective », souligne Aly Ben Salem dans la longue interview que lui a consacrée Abderrahmane Ayoub dans son livre, Aly Ben Salem le peintre de l’amour (L’Or du Temps, 1993).

Peut-être bien pour marquer son identité particulière et cultiver un style vivement personnel dans ce pays lointain et nordique où il s’installe dans les années 40, après son mariage avec l’artiste Kerstin Nilsson, que l’artiste tunisien persistera à inscrire son art dans cette école de la miniature à laquelle il donnera sa propre marque. Celle de l’humour et d’un sens très fin de l’observation. L’art d’Aly Ben Salem plonge ses racines dans le passé des Mille et Une nuits et dans une technique très ancienne aussi profondément qu’il préfigure l’avenir le plus éloigné. A ce propos la critique d’art Rachida Triki parle de la contemporanéité de cet artiste dont l’œuvre a traversé le XXe siècle d’un bout à l’autre.

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« Rien ne vaut la vie »

« On peut considérer le contemporain dans  l’œuvre d’Aly Ben Salem dans la manière tout à fait libre qu’il a à la fois d’être dans et contre son temps. C’est probablement aussi pour un artiste une manière d’être universel », fait remarquer Rachida Triki. Pour elle, les couleurs « antinaturelles » de l’artiste et notamment les tons indigo et mauve avec lesquels il couvre les figures de ses déesses pastorales au visage ovale, de femmes nordiques mais à la posture d’orientales introduit une touche surréelle aux compositions et aux paysages dans lesquels circulent ses personnages.

« Les couleurs se juxtaposent multipliant les tonalités froides et baignent l’ensemble de l’œuvre dans une atmosphère onirique », ajoute la critique d’art.

Probablement une atmosphère de mythes et de légendes. N’affirme-t-il pas lui-même dans le livre précédemment cité : « Dans mes tableaux, je suis comme le conteur populaire dont le répertoire consiste à chanter, raconter chaque soir devant son auditoire un conte. Un conte qui semble le même. En réalité, chaque soir le conte est différent par tant de menus détails ».

Jusqu’à la fin de son existence, inlassablement, Aly Ben Salem aura exprimé à travers sa peinture, où les femmes régnaient en maîtresses absolues de ce monde paradisiaque marqué par une jouvence éternelle, une joie de vivre aux relents lyriques.

« Rien ne vaut la vie », tel semble le message testament que nous laisse Aly Ben Salem à travers une œuvre qui mérite aujourd’hui plus d’attention de la part des spécialistes, historiens de l’art, critiques et iconographes.

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Texte : Olfa Belhassine

Article paru dans iddéco n°7 – décembre 2010

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