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Mahdia 0737 N Mosquée

La Grande Mosquée de Mahdia

Elévation spirituelle et suprématie hiérarchique

Edifice unique dans son genre, la Grande Mosquée de Mahdia matérialise le triomphe d’une foi, celle des Chi’ites pourchassés en Orient pour cause d’hérésie et l’avènement d’une ère qui va marquer durablement l’histoire du pays, de manière directe et indirecte. De surcroît, elle inaugure un nouveau style d’architecture sacrée qui va s’étendre de l’est algérien jusqu’en Egypte en passant par la Sicile musulmane.

Les Chi’ites, on le sait, sont les partisans d’Ali, cousin et gendre du prophète Mohamed, qui ne reconnaissent pour seuls califes légitimes que les descendants d’Ali et Fatima, sa fille, les autres étant des usurpateurs. On sait aussi que les tenants de cette ligne ont été durement persécutés, les obligeant à se réfugier dans la clandestinité sous la conduite d’ « imams cachés » qui se succédaient en attendant l’heure de « rétablir la légitimité ». Cette heure semblait avoir sonné pour l’imam Obeid Allah, qui, ayant eu vent de l’affaiblissement de la dynastie aghlabide en Ifriqiya à la fin du IX° siècle, y envoya un émissaire, Abdallah le Chi’ite, pour rallier à sa cause la puissante tribu berbère des Kotama. Au bout de sept ans de combat, la dynastie aghlabide s’effondrait et Obeid Allah al-Mahdi (le Sauveur du Monde) faisait à la tête des Koutama une entrée triomphale à Raqqâda en 909. D’un naturel méfiant, toutefois, le nouveau maître de l’Ifriqiya décida de fonder une nouvelle capitale qu’il décida d’installer dans un site inexpugnable et donnant sur la mer pour servir de plateforme à la conquête de l’Orient.

 

Son choix se porta sur la presqu’île de Djamma pour y élever la ville qui porte son nom : Mahdia. Il y fit ériger d’abord un rempart pour en contrôler l’accès, puis son palais, puis la Grande Mosquée.

Fondé vers l’an 921, cet édifice se présente aujourd’hui sous une apparence neuve. Et pour cause : il a été reconstruit entre 1961 et 1965 par les experts de l’Institut National d’Archéologie et d’Art (aujourd’hui Institut national du Patrimoine) selon le plan originel du X° siècle. Cette intervention a été rendue nécessaire après les multiples remaniements et dégradations accumulées au fil des siècles, les plus dommageables ayant été les destructions causées en 1554 par les charges explosives mises en place par les troupes espagnoles venues pourchasser les corsaires turcs, faire sauter les remparts contigus au monument et qui emportèrent la quasi-totalité de la mosquée. Un petit oratoire a été par la suite élevé dans la cour de la mosquée pour se substituer au sanctuaire en ruine et, au début du XVIII° siècle, le ministre Youcef Saheb Ettâba’ a fait bâtir une salle de prière à l’emplacement de la salle du mihrâb.

L’intervention du milieu du siècle dernier a permis aux spécialistes de dégager le monument des diverses couches de remblai qui s’y sont accumulés au fil du temps, d’y retrouver nombre d’éléments qui ont permis par la suite de reconstituer l’agencement du local et, surtout,  de rétablir avec exactitude le plan initial de l’édifice. Et, tel qu’il se présente aujourd’hui, il est l’exacte restitution de l’édifice initial.

Le monument, de forme rectangulaire, est de belles proportions : 85 mètre sur 54. Il a été érigé sur une plateforme artificielle en partie gagnée sur la mer et possédait  deux murs communs avec le rempart maritime.

 

Les nouvelles menaces

Dépourvue de minaret, cette mosquée se distingue par une façade principale qui marie avec un haut degré d’harmonie, pureté des traits et noblesse des formes qui inspirent élévation spirituelle et suprématie hiérarchique. Cette façade est dotée d’un porche monumental  aux allures d’arc de triomphe qui dépasse en hauteur la salle des prières qui était réservée au calife et à sa suite tandis-que le commun des fidèles accédait au sanctuaire par deux portes latérales. Aux extrémités de cette façade se dressent deux massifs saillants qui renfermaient des citernes destinées à recueillir les eaux de pluie, la presqu’île de Djamma étant dépourvue d’eau douce. Un grand réservoir constitué de trois chambres a également été aménagé, accolé à la citerne nord-est de la façade principale, était alimenté en eau par un aqueduc aujourd’hui disparu. Ces réserves en eau étaient destinées à l’entretien du local et aux ablutions des fidèles.

On sait qu’une galerie couverte prolongeait le porche en traversant la cour pour conduire le cortège jusqu’à l’entrée de la salle de prière. Cette galerie a été supprimée au XII° siècle tandis qu’ont subsisté les trois galeries latérales dont les arcades sont supportées par des colonnes en marbre.

La salle des prières, achevée en 920, a été conçue suivant le plan de la Grande Mosquée de Kairouan. Son plafond est supporté par des colonnes jumelées. Le mihrâb, coiffé d’une coupole, est la reconstitution de la niche de prière datant de l’époque ziride (XI° siècle).

De par son organisation spatiale qui comporte des espaces symboliques renvoyant à des croyances chi’ites septiméniennes), son agencement (en particulier la présence de niches latérales de chaque côté du mihrâb) la Grande mosquée de Mahdia est  non seulement un monument unique en son genre en Tunisie mais aussi le prototype d’une architecture sacrée qui s’est propagée dans les possessions fatimides de l’époque médiévale. Si le monument a, à l’époque ziride, été « converti » à l’orthodoxie sunnite et débarrassé de quelques uns de ses attributs chi’ites, en particulier la galerie couverte et les niches latérales de la salle de prière, il n’en pas moins pesé sur le destin du pays lorsque, en 1016, ce sanctuaire a été le théâtre du massacre des chiites de Mahdia, ce carnage ayant certainement pesé lourdement dans la décision du calife fatimide du Caire de lancer, en 1050-52, les tribus nomades hilaliennes à l’assaut de l’Ifriqiya, avec les funestes conséquences que l’on sait.

Au terme de cette rencontre avec  ce monument majeur du patrimoine historique et architectural tunisien, pourra-t-on faire l’impasse sur les nouvelles menaces qui pèsent sur son intégrité ? De sérieux dépassements  ont été enregistrés dans son voisinage immédiat, notamment des constructions anarchiques, qui compromettent gravement l’harmonie et la noblesse de son allure.

Par Tahar Ayachi – Photos : Salah Jabeur

Article paru dans iddéco n°21 – Juillet 2014

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