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Fouta Menchaoui 6

La Fouta dans tous ses états

Depuis une petite dizaine d’années la fouta, ce rectangle de tissu de 1 mètre sur 1 mètre 80, typiquement tunisoise, fait parler d’elle bien au-delà de nos frontières. Traditionnellement destinée, au hammam, à l’homme, elle se fait aujourd’hui paréo, jeté de lit ou de canapé, nappe, chemin de table, voilage et bien d’autres trouvailles décoratives encore. Regard intrigué sur une pièce incontournable de notre patrimoine.

Il faut savoir que jusqu’à leur interdiction dans les années 90, à cause d’une épidémie de gale, les foutas étaient mises à disposition de la clientèle dans les hammams d’hommes. Elles servaient de drap de pudeur protégeant le bas du corps mais aussi de cotonnade pour se sécher au sortir des pièces d’eau. La fouta était alors masculine car l’usage spontané du hammam fait par les hommes nécessitait de mettre à leur disposition tout le nécessaire lié à leur venue impromptue. Les femmes, quant à elles, préparaient leur nécessaire et celui de toute leur petite famille avec laquelle elles se rendaient au hammam. Ceci explique aussi pourquoi les hammams d’hommes, tel le célèbre Kachachine à Tunis, étaient souvent construits à proximité des lieux de travail masculins comme le souk. Si l’on retrouve l’usage du mot fouta dans d’autres régions tunisiennes comme le Sahel c’est pour décrire une pièce bédouine de tissu dont l’usage féminin, cette fois-ci, consiste à se protéger du soleil ou du vent mais aussi à porter son enfant. Dans le monde arabe, le mot fouta correspond également à diverses réalités.

 

Habituellement 100 % coton, en nid d’abeille ou lisse,  la fouta se décline de nos jours en multi couleurs et le motif traditionnel de bandes à rayures alternées a laissé sa place à l’uni, aux chevrons et à toutes les fantaisies. Les franges, encore tressées main chez les bons fournisseurs de la place, se parent de pompons et les fibres se métissent de soie, ramie, lin, etc. Les couleurs tendance se sont même emparées de cet objet : rose, bleu turquoise, vert pomme, jaune citron, orangé. Au point que la fouta traditionnellement masculine est devenue un objet très féminin.

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, des personnalités tunisiennes comme Khaouther Maarmouri (El Hanout) ou Mika Ben Miled (Le Comptoir d’Amilcar) portent un regard neuf sur cette pièce du patrimoine. Avec des artisans de génie comme Ridha Menchaoui à Tunis ou Omar Mousse à Nabeul, et avec l’intérêt d’une communauté étrangère installée, la fouta retrouve une deuxième vie. Les dimensions se modifient pour pouvoir en faire des jetés de lit ou des sets de table, de nouvelles fibres sont également introduites pour lui donner une certaine noblesse. Ne pas confondre alors cette fouta, dérivée de la fouta traditionnelle masculine dont l’utilisation était liée au hammam, avec la «fouta wou blousa», cette robe de mariage citadine, en deux parties, brodée et produit de luxe. La fouta qui nous intéresse ici est le fruit des expérimentations et des recherches de l’artisan poussé par la demande et le regard de certains commanditaires. Et si la fouta a eu tendance à se féminiser dans ses couleurs et son usage, la communauté homosexuelle a su également lui redonner ses lettres de noblesse en lui amenant des tonalités masculines très subtiles : ocre jaune, vert bouteille, déclinaison de gris.

Au point que de nos jours, la fouta est partout, de 8 Dinars sur les souks de Tunis et d’ailleurs, où elle est issue de la production de masse des industries textiles du Sahel, à 50 Euros dans certaines boutiques européennes de décoration et d’accessoires. On la croise à Maison&Objet Paris ou à Ambiente Francfort. Elle se fait set pour les tables de mariage, voilage dans les intérieurs méditerranéens, protège siège dans les taxis tunisiens, paréo assorti à son bikini sur les plages estivales, drap de bain dans les hôtels étoilés. Mille et une vies bien remplies !

Article paru dans iddéco n°5 – Juin 2010

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