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La chéchia se porte bien et se porte avec panache

Le petit bonnet carmin, qui depuis des siècles a ponctué le costume masculin en Tunisie a su s’adapter au goût du jour et se faire bien plus qu’un couvre-chef. Signe de ralliement, indice d’une classe sociale ou clin d’œil d’une intelligentsia nostalgique, il accompagne les fêtes religieuses ou plus prosaïquement les jours de grand froid.

Son port n’est ni simple ni innocent, il demande de la mémoire.

 

 

C’est avec l’arrivée de Morisques, ces andalous chassés d’Espagne au XVIIe siècle qu’allait commencer en Tunisie l’ère de la chéchia. Car si on portait le bonnet dans toute l’Afrique du Nord, on l’importait jusque là d’Europe, d’Espagne plus particulièrement et de Tolède de préférence.

Très vite, ces artisans andalous tunisifiés qui avaient la grâce de réussir tout ce qu’ils entreprenaient, supplantèrent la production espagnole, gagnant les marchés maghrébins et envahissant l’empire ottoman.

La chéchia devint la grande industrie d’exportation de la Tunisie, occupant trois souks à elle seule, tenant grande place au sein des organisations corporatives et faisant pleuvoir « une pluie d’or » sur les murs de Tunis, selon ce chroniqueur de la Tunisie ancienne que fût Charles Lallemand.

Aristocrates des souks, les chaouachis bénéficient d’un statut priviligié : il ne fallait pas moins d’un décret beylical pour nommer un maître chaouachi. Seuls parmi tous les artisans, ils pouvaient élire leur amine, seuls ils bénéficiaient d’une caisse commune, seuls ils refusaient de vendre à la criée. Au XVIIIe siècle et jusqu’au milieu du XIXe siècle, on estime à plus de dix mille ceux qui vivaient de la chéchia.

C’est que ce petit bonnet carmin, rond, plat, d’allure si  simple est en fait l’aboutissement d’un long et complexe procédé de fabrication. Féminin au départ, car c’est aux femmes à qui l’on confie la première étape : tricoter un bonnet de laine.

 

 

Celui-ci sera envoyé au fouloir, à El Batan ou par l’effet conjugué du lavage et du foulage, la laine sera transformée en feutre. La chéchia est voyageuse : sous son aspect de bonnet de feutre, elle est alors dirigée vers Alia, jolie bourgade andalouse du nord de la Tunisie. Là bas, les Andalous ont instauré la culture du chardon et l’artisanat qui en découle : le cardage. Il s’agit, par le jeu alterné de chardons de différentes tailles, de transformer le feutre terne et rêche en matière souple et brillante.

La chéchia qui n’en est pas encore vraiment une, retourne alors à Tunis pour acquérir sa couleur emblématique : le rouge carmin. Ce rouge si particulier était dû à l’origine au kermez, à la garance ou à la cochenille. Seuls quelques chaouachis entêtés continuent aujourd’hui à utiliser pour quelques amateurs éclairés, ces teintures végétales ou animales dont ils conservent jalousement le secret. Les autres ont depuis longtemps, opté pour les couleurs d’aniline, moins coûteuses et d’usage plus simple.

Rouge enfin de son plus beau rouge, la chéchia n’est plus ce qu’elle était : dès la fin du XIXe siècle, on avait décelé les prémices de la décadence. Les prix augmentaient, les circuits se compliquaient, et la technologie, figée ne se simplifiait guère. La chéchia tunisienne ô hérésie est concurrencée sur son propre terrain par la chéchia autrichienne. Grâce à la modernisation des technologies, la chéchia européenne  elle vient d’Orléans, de Gênes ou de Marseille est d’un coût bien moins élevé. Sur les marchés extérieurs également, la chéchia tunisienne n’est plus compétitive. Le déclin de la plus célèbre et la plus prospère des industries tunisiennes a commencé. Bien sûr, cet artisanat occupait une place importante dans l’espace économique qu’était la médina. Mais elle avait déjà entamé sa seconde vie : celle d’un artisanat refuge, éclectique et raffiné, certes mais de plus en plus éloigné de la splendeur qui fût la sienne. Et pourtant. Ce qui aurait pu être la chronique d’une mort annoncée n’atteindra probablement pas son terme. Le génie des chaouachis qui dans leur monolithisme, savent tout de même accepter les changements nécessaires à leur survie, la curiosité des visiteurs étrangers pour ce symbole exotique et l’engouement des stylistes pour cet attribut de mode nouveau font que la chéchia aura encore des lendemains qui chantent.

Texte : Alya Hamza

Article paru dans iddéco n°14 – Octobre 2012

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