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Jellal BEN ABDALLAH
TEL QU’EN LUI MÊME

Quatre-vingt-quinze ans, le regard vif et le verbe incisif, Jellal Ben Abdallah, le dernier des créateurs de l’Ecole de Tunis, ce mouvement fondateur de l’histoire de la peinture en Tunisie, avait accepté, en cette fin de saison picturale, de se livrer à l’impensable : nous permettre, à nous ses admirateurs, aux collectionneurs, aux artistes, aux galeristes venus nombreux, de fouiller ses placards, d’écumer ses fonds de tiroirs, de parcourir ses cahiers secrets. En un mot de livrer ce que personne ne connaissait de lui : ses esquisses, ses ébauches, ses projets, ses maquettes. Lui, dont on ne connaissait que des œuvres parfaitement abouties, ciselées dans les moindres détails, d’une précieuse minutie, acceptait de montrer qu’il avait fallu beaucoup de travail, d’hésitations, de regrets, de retours en arrière, de tâtonnements, pour enfin livrer un tableau. Et que le premier jet, chez un artiste de cette envergure, le trait immédiat est souvent un mythe.

 

Il avait fallu beaucoup de passion et de persuasion de la part d’Amin Bouker à qui l’on doit cette exposition, pour convaincre Si Jellal de la grandeur qu’il y a pour un tel artiste de se livrer ainsi. Il avait fallu aussi la complicité de Aycha Ben Khalifa et de Amira Trabelsi, les galeristes, à qui l’on doit la réussite d’un des accrochages les plus difficiles probablement de leur carrière. Il avait fallu enfin la baraka de Sidi Bou Saïd car cette exposition ne pouvait et ne devait se faire que dans le village dont l’artiste a toujours été l’emblème et le symbole.

Puisant dans cette matière, souvent inaboutie, Jellal ben Abdallah s’est amusé à reprendre une esquisse, à transformer un dessin abîmé en collage, à poudrer d’or une aquarelle qu’il trouvait terne, ou, au contraire, à voiler de brume une autre qui lui semblait trop contrastée. Présent durant les deux premiers jours de l’exposition, Jellal ben Abdallah avait plaisir à évoquer pour nous ses souvenirs. Cette maquette avait été réalisée pour la Maison de Tunisie à Paris, avant l’indépendance. Et avait provoqué l’ire du commanditaire colonialiste parce qu’on y voyait de jeunes lecteurs du Coran. Ce cheval superbe, de calligraphies composées, était une commande pour le sigle du club de cavalerie de Sadam Hussein. Ces dessins de Venise, c’était au cours d’un voyage qu’on lui avait offert pour aller visiter des musées. Lui, avait préféré sillonner des cités qui l’attiraient.

Sur les cimaises de la galerie Ghaya, peintes en gris plomb pour la circonstance, de minuscules miniatures, dont on disait qu’il les réalisait avec un pinceau japonais à un poil, côtoient des dessins de grandes dimensions. L’œuvre la plus ancienne, un portrait cubiste, remonte à 1936. La plus récente, une icône en majesté, est datée 2016. Une Marianne tunisienne socialise avec des échappées d’un hammam. C’est tout l’univers de Jellal Ben Abdallah, quatre-vingts ans de la vie et de l’œuvre d’un artiste, qui nous sont ainsi offerts. Et ce fut un bien beau moment dont un catalogue bien conçu gardera la mémoire.

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Femmes je vous aime ! 2011 – acrylique sur kraft et feuille d’or © Jellal Ben Abdallah

 

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Musique de chambre, 2010 – acrylique sur kraft et feuille d’or © Jellal Ben Abdallah

Texte Texte : Alya Hamza – Photos : Salah Jabeur

Article paru dans iddéco n°29 – Juin 2016

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