JavaScript must be enabled in order for you to see "WP Copy Data Protect" effect. However, it seems JavaScript is either disabled or not supported by your browser. To see full result of "WP Copy Data Protector", enable JavaScript by changing your browser options, then try again.
MG 8996 scaled

Fleurs d’églantier
Le cadeau de l’aube

Dans la nuit encore noire de la fin du printemps zaghouanais qui, en parfaite concordance avec le calendrier ancestral, coïncide avec le milieu du mois de mai, des cohortes de femmes prennent le chemin des vergers accrochés aux pentes douces des alentours de la ville. Elles se rendent, paniers sous le bras, à la cueillette des fleurs d’églantiers. Rituel annuel, chaque année recommencé en pareille période depuis les temps où une colonie d’Andalous se sont établis à Zaghouan après avoir été chassés d’Espagne, au XVI° siècle, par une Reconquête triomphante et qui avaient amené avec eux leur riche savoir-faire dans divers domaines et le raffinement de leur mode de vie pour en faire un cadeau impérissable à leur ville d’accueil.

DSC 4773

Parmi les présents offerts par les Andalous à la ville de Zaghouan la culture de l’églantier. Arbrisseau épineux de la famille des rosacées, le nesri, est pourtant commun dans les pays du bassin méditerranéen où sa variété la plus répandue, la rosa canina ou rosier des chiens (pour les vertus qui sont attribuées depuis l’Antiquité à ses racines censées guérir de la rage). Il est surtout employé à usage de haies.

Comme son appellation scientifique l’indique, l’arbrisseau épineux à tiges dressées, arquées et munies d’aiguillons recourbés, appartient à la famille des rosacées. Plus d’une vingtaine d’espèces en sont recensées autour du bassin méditerranéen. Le nôtre se présente sous forme d’énorme boule vert foncé qui peut atteindre les trois mètres de haut. Vers la fin du printemps, des boutons germent en grandes quantités au bout des tiges avant d’éclore, à maturité, dans la fraîcheur de la nuit, et de déployer des pétales d’une blancheur teintée de rose donnant naissance à l’églantine.

L’églantine est une fleur de 2 à 8 centimètre de diamètre. Elle a une corole simple à cinq pétales et accueille en son milieu de nombreuses étamines. Elle se présente solitaire ou en groupes dits corymbes et dégage un parfum d’une grande délicatesse qui s’amplifie au fil des heures pour enfin livrer un arôme capiteux. On cueille la fleur une à une, à la main, avant le lever du jour. Après cette limite, les pétales perdent leur aspect rebondi et éclatant qui atteste sa bonne santé et sa teneur élevée en sève, caractéristiques qui s’atténuent avec l’action du soleil. Les fleurs sont par la suite séchées à l’ombre et on les conserve dans un récipient hermétiquement fermé pour servir ultérieurement sous forme d’infusion.

De cette fleur, on tire par distillation une eau utilisée à des fins diverses. Cette eau est obtenue par distillation dans un alambic dont le couvercle fut jadis de terre cuite pour, assurent les connaisseurs, donner un produit de qualité supérieure à celle obtenue par un alambic entièrement métallique. Il faut environ 2,5 kg de fleurs pour obtenir 1 litre de nesri premier choix (dit râs, litt. « tête ») et un deuxième litre de deuxième choix (dit baâboûs, litt. queue).

Cette eau, vendue dans le commerce en bouteilles à 30 Dinars le litre, entre dans la fabrication de parfums et de produits cosmétiques ; mais, à Zaghouan, on la consacre à d’autres usages. Elle sert à imprégner de leur fragrance les fameux kaâk ouarqa, gâteaux zaghouanais en forme d’anneau d’origine andalouse.

Les pâtissières y recourent aussi pour humecter les bouts du colombin de délicate pâte farcie de pâte d’amande parfumée au nesri avant de les unir en boucle. Elles assurent que la « soudure » ne tiendrait pas avec n’importe quel autre « liant » liquide.

Autre usage zaghouanais de l’eau d’églantine distillée : bon tonique et laxatif efficace, il a toujours été considéré comme une quasi-panacée par médication populaire.

La culture des églantiers et la distillation de leurs fleurs constituait jadis une branche non négligeable de l’économie locale. Avec le temps, cette activité s’est considérablement amenuisée au point de mettre sa propre existence en péril. Aujourd’hui, les exploitants de ces ressources se comptent sur les doigts d’une main. L’un d’entre eux en fait sa principale source de revenus en entretenant une plantation de moins de deux hectares mais dont  il a « industrialisé » le produit en installant une belle batterie d’alambics pour la distillation des fleurs à grandes échelle et cadence et en utilisant le distillat dans la fabrication de gâteaux kaâk el ouarqa pour le marché local et l’ « exportation » vers d’autres villes. D’autre part, un promoteur touristique de la région en a introduit la culture chez lui en tant que facteur d’animation et d’initiation au genre de vie locale.

Reportage et texte : Tahar Ayachi
Article paru dans iddéco n°13 – Juin 2012

La rédaction décrypte pour vous les tendances déco du moment pour trouver l’inspiration. Retrouvez également les actualités autour de la déco.

Plus d'articles
MG 9167
Jellal BEN ABDALLAH
TEL QU’EN LUI MÊME