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Fella un parfum persistant

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Il y a un an, Fella nous quittait. Un parfum de savoir-être et de savoir-faire s’évaporait, une trajectoire lumineuse qui éclairait une passion s’était éteinte.

Souvenons nous…

C’était au lendemain de l’indépendance. Les femmes n’avaient pas encore compris qu’elles pouvaient sortir de chez elles et conquérir tous les champs du possible. Ce dont elles n’osaient même pas rêver, quelques unes l’ont fait. Samia Ben Khalifa fut de ces pionnières qui balisèrent la voie. Elle n’avait pas choisi le chemin le plus facile. Cette fille de la haute bourgeoisie, épouse de notable, que la carrière de son époux avait très tôt mobilisée pour être une parfaite hôtesse, prit les sentiers non battus. Elle voulait découvrir et faire découvrir l’artisanat tunisien. Et pour ce faire, elle entreprit de battre campagne. Elle commença par s’installer à Hammamet, dans une propriété familiale, ce qui, à l’époque, revenait à s’exiler. Elle acheta, dans la médina de cette ville balnéaire qui hiberne durant la saison froide, une écurie dont l’âne, ancien hôte des lieux, revint régulièrement lui rendre visite. Ecurie qu’elle transforma en un superbe espace, galerie/musée avant la lettre, où elle collectionna les éléments des costumes anciens qui lui servaient d’inspiration. Elle s’offrit comme nom et comme label la fleur emblématique de la région : le fell.

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Présentation de la collection Fella au Palais de Carthage devant Habib Bourguiba, Président de la République et la Première Dame Wassila Ben Ammar

Fella était née, et on peut le dire aujourd’hui, au vu de l’extraordinaire engouement que connait l’artisanat tunisien et de la floraison de stylistes qui s’en réclament, elle a tout inventé.

A partir de Hammamet devenu son chef-lieu, elle rayonna dans le pays profond. On la vit  à Nabeul, à Raf-raf, à Mahdia visiter les maalmas et recueillir les motifs des broderies immémoriales. On la rencontra à Kairouan où elle écuma les ateliers de tissage du fameux haïk pour obtenir le plus fin et le plus aérien de ce voile de laine auquel elle fut la première à rendre ses lettres de noblesse. On découvrit avec elle les multiples interprétations du canevas qu’elle adapta à l’art de la table. Les selliers de Tunis avaient appris à se plier à ses volontés, et brodaient pour elle de sublimes bottes en chevreau or. Le linge de maison qu’elle inventait se transmet jusqu’aujourd’hui de mère en fille comme le plus précieux des trésors.

Très vite, sa renommée franchit les frontières. On l’invita à présenter ses collections partout dans le monde. Elle habilla Grace Kelly, Farah Diba, Jacky Kennedy et chaque fois donna leur nom au modèle créé pour elles. Sa boutique, mais aussi sa demeure devinrent le passage obligé de tous ceux qui venaient à Hammamet, le petit port vivant une époque de cosmopolitisme éclectique. Dans son jardin, sous un caroubier séculaire, Fella réinventait un art de vivre et de recevoir raffiné. Ses fêtes à thèmes, ses bals masqués, ses pique- niques sur la plage n’étaient souvent prétexte que pour mettre en valeur un patrimoine tunisien qu’elle ne cessait de redécouvrir sous toutes ses formes, que ce soit dans l’art du costume, celui de la table ou encore l’art culinaire. Ses hôtes, vedettes du cinéma, grands couturiers, artistes de renom, ou têtes couronnées, se mettaient au diapason, et ne portaient, sur son territoire, que les jebbahs, farmlas, kaftans, ou beddiyas ou serouals qu’elle créait pour eux.

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On a coutume de dire que lorsqu’un ancien disparait, c’est une bibliothèque qui brûle. Et l’on a pu craindre de voir s’évaporer tout ce savoir faire, cette extraordinaire mémoire, ce magnifique corpus de motifs, de modèles, de points de broderies…

Sauf que le parfum de Fella est tenace et persistant. Née et élevée dans le sérail Aycha Ben Khalifa, la petite fille de Samia Ben Khalifa, reprend aujourd’hui le flambeau. Economiste de formation, passionnée d’art sous toutes ses formes, Aycha Ben Khalifa gère avec beaucoup de talent une galerie d’art à Sidi Bou Saïd. Mais la relève ne pouvait attendre. Tout en continuant de travailler sur la programmation de sa prochaine saison à la galerie Ghaya, elle prépare la renaissance de Fella. Car pour cette jeune et dynamique entrepreneuse, il ne s’agit pas de faire du copier/coller.

« Quand j’ai fouillé les coffres et les placards, j’ai trouvé des merveilles. Ne serait-ce que dans la qualité des haïks utilisés. Ce ne sont plus les mêmes artisans, ni les mêmes teintures. Non plus que la même manière de travailler. On ne retrouvera plus jamais cette exceptionnelle qualité. Mais dans ces placards, j’ai également trouvé des modèles très avant-gardistes : des kaftans ouverts sur des brassières et des shorts très courts, des transparences, ce qui en 1970 aurait pu paraître audacieux.

A l’époque, ma grand-mère voulait réactualiser l’artisanat. Aujourd’hui, on est en train de le vulgariser. Je ne veux surtout pas entrer dans ce mouvement des jebbahs de plage et du couffin customisé ».

Alors, bien sûr, Fella continuera à décliner ses classiques : les modèles Grace Kelly, Farah Diba ou Jihane Saddat avec leurs broderies anciennes, mais ce sera sous forme de pièces uniques. Par contre on y prépare une ligne jeune, facile à porter et à exporter, qui garderait cependant l’ADN de la maison. Mais on a également décidé de développer ce qui a fait la renommée intemporelle de la marque, c›est-à-dire l’exceptionnelle ligne de linge de maison.

« On garde la boutique première, celle de Hammamet, et on développe sa vocation muséale, car c’est ce dont a toujours rêvé ma grand-mère. Dans ce petit musée du costume, on mettra en valeur une pièce chaque saison. Par exemple on exposera une farmla. On racontera l’histoire de ce vêtement sur un panneau, son origine, sa fonction, son mode de fabrication, l’occasion à laquelle il est porté, et la région dont il provient. A partir de cet élément du costume, on déclinera une collection capsule montrant comment on peut l’actualiser. Chacune de ces collections sera accompagnée d’un petit catalogue. Et l’on passera au gré des saisons de la farmla au seroual, à la qmejja ou à la jebba ».

Et puis Aycha Ben Khalifa se propose d’ouvrir dans la banlieue nord un espace à vocation plus commerciale celui-ci pour présenter ces collections au rythme des saisons.

A suivre impérativement.

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Texte : Alya HAMZA

Article paru dans iddéco n°29 – Juin 2016

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