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Elles ont tout d’une grande…
Maison de poupées

Elles ont tout d’une grande, le charme de l’ingéniosité et du système D en plus. Ces maisons de poupée, dont la plus grande n’excède pas 100mètres carrés, jardin y compris, prouvent que confort, élégance et luxe ne sont pas forcément synonymes de grands espaces. Parce qu’elles ont été minutieusement réfléchies, parce que tout y a été calculé, au mieux de sa fonctionnalité, parce qu’on y a mis du temps, du cœur, et de l’imagination, ce sont des maisons aisées à vivre, qui tournent bien, sans contraintes ni astreintes.

Dar Azzouz

On y parvient par une allée discrète, que Abla , la maîtresse des lieux a annexée, et où, pour le plus grand bonheur des voisins, elle fait pousser le jasmin qui ombrage son jardin. Jardin ? Un bien grand mot pour les dix mètres carrés, l’olivier centenaire, le rosier vaillant, mais qui réussit quand même à héberger une véritable ménagerie, oiseaux, poissons et éléphants de fer forgé, grenouilles de porcelaine, tortues et chameaux en terre de Sejnane, et à recevoir les nombreux amis de Molka, la fille de la maison, qui adorent venir s’y entasser.

 

L’architecte, Achraf Ben Khalifa, Mohamed Messaoudi, impliqués dans cette aventure, et Abla, qui savait exactement ce qu’elle voulait, ont annexé l’ancienne cuisine de la maison familiale, une demeure des années trente au pied de la colline de Sidi Bou Saïd, et un petit bout de la cour pour en faire une ravissante maison de poupée de soixante mètres carrés où chacun a ses aises, son confort et son quant à soi. On entre de plain pied dans le salon, par une porte bardée de poissons multicolores, ouverte par une verrière sur l’olivier, toujours lui, auquel le printemps donne une seconde jeunesse, et qui arrose de fleurs les visiteurs. Là, tout est à sa juste place : le petit canapé de velours rouge, les banquettes qui dissimulent des rangements, le meuble d’angle derrière la porte, l’arrondi du mur qui dissimule le comptoir cuisine,  moderne et performante. De part et d’autre de cette pièce à vivre ensemble, le domaine réservé de chacune, sa chambre et sa salle de bain : on a gagné les placards sur les fenêtres d’origine, on a même annexé ceux de l’ancienne demeure. Les portes sont anciennes, les marbres récupérés, les panneaux de bois ajourés, et les poissons qui courent sur les revêtements de marbre ont été taillés dans les céramiques de la Beit el Mouna de la demeure familiale dont ils préservent ainsi la mémoire.

Chaleureuse, conviviale, le Dar Azzouz, du nom du père de famille, est une maison ouverte, où les amis aiment à venir, nombreux, surs de trouver un coussin ou un coin de banquette pour s’assoir.

 

Dar Carthage

Quand elle décida d’acheter une maison, la propriétaire des lieux n’eut le temps de n’en visiter qu’une avant d’avoir un coup de cœur irrémédiable. C’était celle là et aucune autre. Et pourtant, petite demeure appartenant à des italiens, elle ne comportait à l’époque qu’un long couloir bordé de deux chambres, sur un espace de 90 mètres carrés tout mouillés. Interdiction de s’élever, la règlementation de Carthage étant draconienne, impossibilité de s’étendre à droite ou à gauche sans autorisation des voisins mitoyens. Or le premier était en prison purgeant une longue peine, le second, une famille étrangère fort divisée, perdue dans la nature. Mais la maison avait un charme irrésistible.

Elle acheta, envers et contre tout, découvrit dans les archives d’une avocate judicieuse que la loi n’autorisant pas à s’agrandir ne concernait pas les maisons datant d’avant 1954, que celle-ci, ne disposant que d’un tout petit lot, et datant des années vingt, échappait à cet interdit.

Le reste fut l’affaire de Slim Ennasser, architecte ami qui savait comment elle vivait, ce qu’elle aimait, et surtout ce qu’elle n’aimait pas, d’une sœur décoratrice au goût affûté et aux références communes, et d’une maîtresse de maison exigeante, chineuse, amoureuse des livres et mère de deux filles qui défendaient leur territoire. Cela aurait pu devenir la quadrature du cercle, cela devint une délicieuse demeure, remplie de souvenirs de voyage, de chapeaux, de paniers de vanneries, et où le thé du Five O clock est délicieux.

Un jardinet borde la demeure côté cour et côté jardin. On entre dans la transparence d’une pièce à vivre où chaque objet raconte une histoire, et où un feu de bois crée un cocon d’intimité. Ici, la dominante est le blanc et le noir, et curieusement, cela réussit à être chaleureux. Les tissages sont africains, les objets trouvés sur des marchés, au Bénin, en Casamance ou à la Réunion Une cuisine ouverte, une bibliothèque qui prend ses aises sous l’escalier, et une chambre de poupée pour l’aînée des filles.

Mais la vérité de la maison, ce qui fait son originalité et son génie, c’est à l’étage qu’elle se trouve.

 

Un étage que l’on ne pouvait occuper que partiellement : on y casa deux chambres à coucher, dotées chacune d’une jolie salle de bain, et l’on recouvrit une partie de la terrasse de deux structures légères, verrières lumineuses qui prolongeaient chaque chambre d’un salon ou d’un bureau, au gré des désirs. Entre ces deux jardins d’hiver, le reste de la terrasse à ciel ouvert fait la jonction. Cela donne une délicieuse maison lumineuse, solaire, encastrée dans la verdure, croulant sous les livres et les souvenirs, délibérément girly par ses dentelles et ses falbalas de rideaux et de coussins, ouverte aux amis toutes générations confondues, que l’on doit quitter à regret, les femmes de la maison étant d’impénitentes voyageuses et où l’on doit revenir avec plaisir.

La maison de blanche neige

Mes petites filles sont persuadées qu’il s’agit de la maison de Blanche Neige. Et passent de longs moments dissimulées derrière les rideaux à guetter le retour des sept nains. Il faut avouer que l’illusion est totale, et que cette petite maison, rencontrée au détour d’une rue, dans le joli quartier ancien de Mutuelleville, vous replonge irrésistiblement dans ces demeures que décrivent les contes de fées, celle de Boucle d’or, ou de la reine Tartine.  Une façade étroite et pimpante, des tuiles rouges comme plus personne n’en a, sauf peut-être quelques vieilles fermes coloniales, un claustra d’un bleu éclatant, et un subtil goût de mystère derrière des volets discrets. Qui peut bien habiter cette maison de poupées, et surtout comment y vit-on, quand la façade semble promettre un décor de jouet, une maquette plus qu’une réalité ?

 

Fort bien, ma foi, et les deux petits garçons qui y habitent trouvent même le moyen de faire du skate dans le salon. Un joli espace que ce salon, récupéré en abattant la cloison des deux chambres originelles, et laissant l’étage pour les chambres à coucher, en reléguant la cuisine au sous-sol, le tout sur une surface au sol de quelques

50 mètres carrés  . Et c’est en fait la seule transformation consentie dans cette demeure qui fut probablement l’une des premières de ce joli quartier connu, à l’époque, pour ses jardins, et pour l’esprit de communauté qui avait présidé à sa création. La maison resta fermée dix ans, en attendant le retour de l’enfant prodigue à qui elle était destinée, et sortit de ce sommeil enchanté, prête à accueillir la famille qui l’avait élue.

Texte : Alya Hamza
Article paru dans iddéco n°13 – Juin 2012

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