JavaScript must be enabled in order for you to see "WP Copy Data Protect" effect. However, it seems JavaScript is either disabled or not supported by your browser. To see full result of "WP Copy Data Protector", enable JavaScript by changing your browser options, then try again.
Dar Yasmine 143

Dentelle et broderie

A l’honneur chez dar yasmine

La vitrine soignée de la boutique Dar Yasmine, située à Tunis à quelques mètres du Marché Central, dévoile à ceux qui savent encore s’émerveiller des petits joyaux de broderie et des perles de savoir-faire. Poussez la porte, par curiosité ou juste pour le plaisir,  et c’est Mahrez, le jeune propriétaire, qui vous accueillera avec convivialité, sans artifice et avec une maîtrise évidente et un amour certain pour les broderies, dentelles et linge de maison qu’il vend. Eh oui, vous parlerez chiffon avec ce jeune homme, premier brodeur certifié par l’ONA en 2006 et dont les créations pourraient bien en séduire plus d’une !

Une quinzaine de dentellières et une vingtaine de brodeuses de Bizerte et de Nabeul constituent aujourd’hui le cœur de cet atelier qui s’est constitué petit à petit, avec beaucoup de passion et de ténacité. Mahrez vous expliquera comment jeune diplômé en finance d’une prestigieuse école d’administration d’entreprises, il décide finalement de faire de la passion qu’il a pour la création et l’artisanat le cœur de son métier. Il faut dire qu’il a toujours été enthousiasmé par l’art et qu’il a baigné dans un milieu familial où raffinement et bon goût ne rivalisaient qu’avec un amour profond pour l’artisanat d’art.

 

Il déniche donc en 2004 la boutique de la rue d’Amilcar et débute alors un véritable travail de recherche anthropologique afin de collecter techniques et savoir-faire locaux dans le domaine de la broderie, du tissage et de la dentelle en Tunisie. Comment ? En se documentant à l’Office National de l’Artisanat, en reconquérant les brodeuses d’un ancien tisserand juif tunisien disparu et dont la boutique était située rue de Rome et en sillonnant les campagnes par tous les temps afin de collecter des techniques et sélectionner les meilleures brodeuses.

Une entreprise à laquelle peu de gens ont cru dans ses prémisses mais qui s’est constituée grâce à un enthousiasme infini et la personnalité unique de Mahrez. Et puis, de bouche à oreille, où plutôt devrais-je dire de fil en aiguille, ce sont les brodeuses et les dentellières qui sont venues le visiter, timidement, pour lui montrer leur ouvrage et espérer travailler pour celui qu’on avait surnommé, depuis, « le brodeur ». Ainsi, Mahrez a commencé à trier, analyser et archiver toutes ces informations collectées  pour créer sa propre base de données des techniques tunisiennes de broderies et de dentelles. Points anciens tombés en désuétude comme celui de Paris, ou spécificités régionales comme celui de Nabeul, de Bizerte ou d’Hammamet, mais aussi riti, roca, Richelieu…

Non seulement cette démarche a permis la préservation et la sauvegarde de savoir-faire locaux et régionaux mais elle a également permis de renouveler l’intérêt des jeunes générations pour ces mêmes techniques donc de permette leur perpétuation. Enfin, dans un contexte de crise économique du textile en Tunisie, il s’est agi de permettre la survie d’une économie locale, souvent rurale, via un travail domestique féminin. D’ailleurs, un lien de confiance réciproque et de quasi amitié s’est créé entre Mahrez et ses brodeuses. C’est que les premières commandes de parures de lit nuptial aux broderies d’un rare raffinement et demandant de nombreuses heures de travail ne pouvaient souffrir d’un retard de livraison. A l’époque, de véritables nuits blanches pour Mahrez!

La beauté de la finesse du travail de Dar Yasmine et cette dimension définitivement affective et nostalgique qui nous raccorde à notre passé constitue la carte de cette boutique où afflue une grande mixité de population : mères à la recherche du trousseau parfait pour le mariage de leur fille, familles juives ou italiennes d’origine tunisienne en vacances au pays, personnalités du monde arabe, familles souhaitant faire broder leur blason… Mais la force de Dar Yasmine ne s’arrête pas là, Mahrez a su puiser son inspiration dans la tradition pour la réinventer en jouant sur les couleurs. Les broderies traditionnellement déclinées en beige ou blanc sur fond blanc, vert ou bleu (en fonction des régions), deviennent noires, jaunes, pourpres, safran et s’allient à des tissages de lin ou de coton ocre, safran, grège… Il s’agit d’être ouvert aux tendances et de répondre à des normes irréprochables de qualité afin de créer une gamme de linge de maison contemporaine et novatrice à partir de techniques et de modèles traditionnels. L’artisanat donne au produit final une plus value l’élevant au titre de produit de luxe relevant d’un artisanat d’art. Et c’est ce plus qui a valu à Dar Yasmine de participer en septembre 2009 au Salon parisien Maison&Objet et de nouer de nombreux contacts avec des designers et des boutiques européennes de linge fin. A présent Mahrez travaille avec les enseignes italiennes Cargo, Cosa dite et les français le Bain rose, Noêl et le site Miariva. Ces initiatives l’ont également encouragé à créer toute une collection d’objets décoratifs en fer forgé  et en céramique blanche en collaboration avec un artisan de Nabeul qui ont attiré l’attention de la maison Hermès  pour la décoration de leurs vitrines.

Photos © Jellel Gasteli

Article paru dans iddéco n°5 – Juin 2010

La rédaction décrypte pour vous les tendances déco du moment pour trouver l’inspiration. Retrouvez également les actualités autour de la déco.

Plus d'articles
001 2
On m’appelle l’éventail