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DAR EYQUEM
OU L’OMBRE D’UNE FEMME

Les maisons ont des destins, des histoires, des vocations, des souvenirs. Elles recèlent des secrets, abritent des fantômes, évoquent des bonheurs, consolent des malheurs. Elles gardent dans leurs murs les échos des fêtes, des rires, des larmes, des confidences et des chuchotements. Elles sont les témoins des enfances insouciantes, des jeunesses triomphantes et des vieillesses entourées.

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L’histoire de Dar Eyquem à Hammamet, est liée à celle des femmes qui y ont vécu, l’ont quitté, y sont retournées. Car cette demeure n’est pas innocente, elle est de celles que l’on porte en soi où que l’on aille, et où l’on revient toujours.

Simone Eyquem, dont le souvenir est intimement lié à celui de la maison, était belle de cette beauté du cœur et l’élégance de l’âme. Venue demander l’aide d’un avocat pour quitter un époux qu’on lui avait imposé très jeune, elle séduisit le très célèbre maître Eyquem, ténor du barreau de l’époque. Celui-ci dirigeait, en ce temps là,  l’Alliance Française, et sa maison de Hammamet était ouverte aux arts et à la culture. Ses deux filles, Danièle Boetsch, journaliste célèbre, et Dominique Modiano, épouse de l’écrivain Patrick Modiano, sillonnaient le monde et revenaient toujours à cet ancrage. C’est dans le jardin que Danièle Eyquem voulut être enterrée. C’est dans le petit cimetière de Hammamet que maître Eyquem repose. Et c’est là qu’Emmanuelle Boetsch, la petite fille, héritière de la maison, souhaite faire revivre l’esprit des lieux. « On dit toujours que la vie est comme un bouchon dans l’eau, et que l’enfance remonte toujours. Moi, c’est l’esprit de mon enfance que je souhaite partager dans cette maison : celui de l’image d’une grand-mère qui nous a offert le plus bel exemple de grande générosité, de sureté de goût, qui nous a appris le partage, l’ouverture d’esprit, qui nous a montré l’élégance d’esprit, qui nous a appris l’amour des autres quelque soit leur origine. C’est elle qui m’a élevée, mon père étant mort quand j’étais jeune, et ma mère, grand reporter toujours par monts et par vaux ».

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Mais les verts paradis de l’enfance ne sont pas éternels. Simone Eyquem partit un jour pour une autre vie avec Bernard Zehrfus, architecte talentueux de l’époque, ce qui explique peut-être pourquoi maître Eyquem ne voulut jamais faire appel à quelqu’un du métier pour aménager la « maison des invités » où il décida de s’installer après le départ de son épouse. Une maison au charme délicat, toute de guinguois, aux escaliers dérobés, aux terrasses inattendues et aux détours imprévisibles.

Emmanuelle Boetsh vivait à Paris où elle exerçait son métier de psychanalyste quand éclata la révolution. Une révolution qui la bouleversa, et lui donna le désir de revenir partager cette demeure, l’ouvrir aux autres, lui donner une vocation de foyer de créativité. En un mot, reprendre le rôle qu’elle avait du temps du grand-père Eyquem, quand c’était l’Alliance Française, centre culturel actif où on recevait Gide, Bernanos. Mais elle voulait aussi partager d’une certaine manière l’initiative du second grand-père, Zehrfus, qui avait créé un village d’artistes dans le sud de la France dans les années 40.

 

« La révolution m’a beaucoup touchée, émue. Je me suis demandée ce que je pouvais faire, comment sublimer un héritage affectivement difficile car fait d’amour certes, mais aussi de ruptures et de choses douloureuses ».
La solution, c’était, bien sûr, d’obéir à la mémoire de la grand-mère : ouvrir la maison aux autres, de toutes origines, avec pour seul critère le talent, la créativité, le rêve et l’imagination. La rencontre avec Shiran ben Abderrazek, journaliste, blogueur, homme de théâtre, éditeur, lui permit de concrétiser ses espoirs, avec le soutien efficace de sa fille Alya.

On créa une association, que prit en charge un ami de toujours, l’éditeur Moncef Guellaty, et on donna au Dar Eyquem la vocation de lieu de rencontre entre artistes tunisiens et étrangers selon un calendrier de projets bien étudiés. La rentrée s’annonce, en effet, fort dense. Un appel à projets s’est avéré des plus féconds. Il y aura donc des résidences d’artistes, des workshops, des master class. On y fera de la musique, du théâtre, de la danse du théâtre, de la vidéo, du cinéma, de la littérature…

Le projet est ambitieux : on souhaiterait faire du Dar Eyquem un laboratoire, un centre de création dont les réalisations seraient par la suite diffusées à travers tout le pays. C’est pourquoi, à la concrétisation de tout projet, on se propose d’inviter les professionnels, programmateurs et diffuseurs, afin de les inciter à l’inscrire dans leur programme, afin que revive l’esprit des lieux.

Il était une fois une maison…

Du temps de Simone Eyquem, la demeure actuelle était une maison d’invités. Quand la maîtresse des lieux partit pour d’autres cieux, maître Eyquem décida de l’aménager pour lui et ses filles, avec le seul concours d’artisans de Hammamet. Ce qui peut expliquer l’apparente fantaisie de l’architecture faite d’ajouts insolites, mais toujours harmonieux. La maison se présente comme toutes les demeures de cette époque où, à Hammamet, battait le cœur du monde des arts et des lettres. En ces temps là, Gide, Hubert de Givenchy, Jean Claude Pascal, Henson, Sebastian, Churchill, et tant d’autres se retrouvaient sur des terrasses blanches au coucher du soleil. La terrasse du Dar Eyquem garde, sous ses arcades, l’écho de ces conversations. Sur le pavement noir et blanc, caractéristique de l’époque, les sièges doivent être les mêmes. Les chaises du salon entourant la cheminée, en tous cas, ont été réalisées sur le même dessin que celles du Dar Sebastian aujourd’hui hélas disparues. Le bureau est celui de maître Eyquem, et la porte de séparation, porte de mosquée de bois sculptée, a été trouvée dans un débarras. Emmanuelle Boetsch a passé un été à la gratter, la nettoyer à l’huile de lin, la cirer… Aujourd’hui, la maison devenue petite pour les amis qui aiment à s’y retrouver, Emmanuelle a annexé l’écurie pour la transformer en un bungalow où elle peut se retirer.

Dans le jardin, autour d’un bassin où, les soirs d’été, se jouent de magnifiques concerts de grenouilles, un marabout et une petite chapelle attestent de l’universalité d’esprit de maître Eyquem. Cependant qu’un théâtre de bord de mer offre le somptueux spectacle des levers et couchers de soleil.    

Article paru dans iddéco n°30 – Octobre 2016

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