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Dar El Jeld Hôtel & Spa

AU CŒUR DE LA MEDINA

Tous ceux qui aiment la médina, y travaillent ou y vivent le savent bien : le temps, en médina, a une autre dimension, une autre consistance, et, bien sûr, un rythme différent. « Entrer en médina », c’est faire vœu de patience et de persévérance, préserver la nécessaire réflexion, accepter les temps morts, les aléas des retours en arrière, savoir éviter la précipitation, et ne pas craindre les repentirs.

Dar Eljeled

Tout cela, Ahmed Abdelkafi, sa famille, dont les membres sont aussi ses collaborateurs, les architectes Anouar Ennafaa et Ghazi Ben Ismaïl, qui l’accompagnent depuis le début de cette entreprise, le savent et l’acceptent volontiers. Dix ans après le début du projet, un projet qui ne cessait d’évoluer, s’agrandissant et se faisant plus ambitieux au rythme des acquisitions, des adjonctions, et des idées nouvelles, le Dar El Jeld Hôtel & Spa est fin prêt, véritable joyau d’une hôtellerie d’exception, alliant un décor grandiose à une fonctionnalité high tech.

Mais l’hôtel Dar El Jeld est d’abord une histoire, ou plutôt plusieurs histoires : celle d’une maison de famille qu’un patriarche amoureux construisit pour une jeune seconde épouse aux velléités d’indépendance. Celle d’un environnement riche de palais et demeures, de murs bavards, de voûtes ombrées, qui abritent dans leurs replis images et mémoires, de portes discrètes qu’il faut savoir entrebâiller. De toutes ces strates, de ces souvenirs accumulés, de ces traces effacées, il fallait faire une harmonie, retrouver une cohérence.

On partit de ce qui existait déjà : le Diwan, appendice gracieux de la maison mère qui avait déjà été restauré, et qui offrait une belle référence. Là, il ne s’agissait que de rafraîchir, vivifier, fonctionnaliser, et insérer dans une nouvelle circulation.

C’est par là que l’on accède à l’hôtel, que se trouvent la discrète réception, les salons connus pour les fêtes magnifiques qui s’y sont déroulées, le patio aux belles proportions. Là, on est dans l’esprit traditionnel d’une somptueuse demeure de la médina, lambris anciens, boiseries sculptées et dorées à la feuille, accrochage muséal de tableaux orientalistes.

Puis on accède à la partie nouvelle de l’hôtel, et à ce qui est l’illustration d’une véritable prouesse architecturale. Il fallait réussir une continuité sans pastiche, ancrer le bâtiment dans le XXIème siècle en respectant la typologie de la médina, répondre aux exigences d’une hôtellerie moderne sans déparer l’harmonie des lieux, et assurer toutes les contraintes techniques sans heurter l’esprit et l’âme des vieilles pierres qui l’entourent.

« Il fallait créer une partie contemporaine qui emprunte aux formes de l’habitat traditionnel, mais sans folklore. Il nous fallait réussir un passage cohérent de l’ancien au moderne, en fait réussir un bâtiment daté qui se reconnaît du XXIème siècle » déclare Ahmed Abdelkafi.

Dire que l’équipe qui est aux commandes du projet a réussi est un euphémisme. Il semble difficile de concevoir une architecture contemporaine qui s’insère aussi intimement dans une architecture traditionnelle. On a respecté la typologie de la médina, les voûtes, les arcs, les ouvertures sur patio, mais on a joyeusement bousculé certains codes :
en adoptant la monochromie du gris, une couleur que la médina ignore, et qui aujourd’hui est largement copiée. En remplaçant les plafonds peints par des carreaux anciens sous poutres. En restituant les ballestras traditionnels en ombres chinoises sur des garde-corps en verre. Mais on a rendu hommage aux bâtisseurs d’antan en inventant une architecture autour de colonnes, de tours de portes, de fontaines, d’éléments anciens préexistants qui ont inspiré et conditionné les bâtisseurs d’aujourd’hui.

La partie contemporaine de l’hôtel se déploie en seize suites autour d’un jardin andalou où chante une fontaine et où fleurit déjà un rosier.

Les chambres, spacieuses et lumineuses – « on ne vient pas en médina pour s’enfermer dans une cellule déclare le promoteur » – sont d’une confortable élégance et de chaleureuse convivialité. On y trouve livres, tableaux, délicats objets de toilette.

La literie vient d’Angleterre, du fournisseur agréé de la reine, des meubles recouverts de miroirs ont été réalisés à Venise ; certains éclairages à Prague, d’autres en Italie. La robinetterie est high tech. Tout le reste a été réalisé par des artisans tunisiens.

« Nous n’avons pas eu peur de mélanger. Nous avons fait le maximum de choses sur place, et nous avons de magnifiques artisans. Ce qui n’existait pas, nous l’avons réalisé ou nous l’avons fait venir », déclare Anouar Ennafaa.

En effet, on ne peut qu’admirer le somptueux travail de menuiserie, et les véritables dentelles sculptées qui ont demandé l’intervention de cinq maîtres artisans. On ne peut que s’arrêter devant les tissages de Meryem Besbes qui a brodé les jetés de lit de haïk, ou ceux de Kerkenatiss, les tapis de Mina ben Miled, qui réussit la gageure de s’intégrer dans un contexte de splendeur et de sobriété, les miroirs de SuperSouk, ou les encadrements de fenêtres hublots conçus par les deux jeunes designers de EY.

On ne peut que saluer le savoir-faire du menuisier, véritable brodeur sur bois, du marbrier poète, qui déploie ses arabesques dans la pierre, ou du maître d’œuvre Kamel Youssef, qui détient les secrets du nombre d’or.

Mais ce qui fait peut-être la spécificité de l’hôtel Dar el Jeld, au-delà de la perfection du bâti, de la minutie des détails, de la maîtrise de la technicité, c’est … la lumière.

Une lumière dont on ne sait pas toujours d’où elle jaillit, dont les sources sont souvent invisibles, mais qui cerne, focalise, irradie, crée une continuité, une fluidité, en un mot une atmosphère.

Cette lumière accompagne le visiteur, dans le restaurant où elle dessine un cercle intime sur la table, dans le roof bar où elle se fait discrète pour laisser place au paysage, dans le hammam où elle joue avec les reflets de la pâte de verre qui couvre les parois, derrière les panneaux de corian où elle pastiche la lumière du jour, sur les galeries où elle trace un chemin lumineux, dans les coins de calme où elle se fait feutrée, dans les lieux de réception qu’elle exalte.

Et c’est cette dernière impression que l’on garde en quittant l’hôtel Dar el Jeld : celle d’un palais de lumière.

Texte : Alya Hamza

Article paru dans iddéco n°36 – Juin 2015

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