JavaScript must be enabled in order for you to see "WP Copy Data Protect" effect. However, it seems JavaScript is either disabled or not supported by your browser. To see full result of "WP Copy Data Protector", enable JavaScript by changing your browser options, then try again.
JAB 0004

Chaouach

Au sommet de l’émerveillement

C’est l’un des coins les plus secrets de Tunisie. C’est l’un des sites naturels et historiques les plus gratifiants aussi. On le frôle à l’allée et au retour sur les routes qui conduisent dans les profondeurs du pays, du côté de l’Algérie, par Béja ou par le Kef. Et pour cause : il est situé sur cette voie royale qu’est la vallée de la Medjerdah qui, en ces temps, déploie pour accueillir ses visiteurs un somptueux tapis vert et la domine du haut de son perchoir, offrant à ses hôtes un tableau d’une beauté enchanteresse. Ici, vous êtes à Chaouach.

JAB 0336

On ne va pas y aller par quatre chemins. On se rend à Chaouach par la bretelle qui, à la sortie de Medjez el-Bab, juste après avoir enjambé la Medjerdah – aujourd’hui si anémiée – file à droite, direction Tébourba. On roule dans la plaine, direction Toukaber, sur huit km, puis on escalade les flancs du jebel qui barre l’horizon, côté nord. Encore quatre kilomètres pour atteindre Toukaber qu’on dépasse sur cinq km et là, on débouche sur Chaouach. Et si on vous avait transporté jusque-là les yeux bandés et que vous les ouvriez au milieu de la localité, vous vous demanderiez ce qui a bien pu vous conduire jusqu’ici. Mais la magie qui enveloppe Chaouach et nimbe l’air au-dessus de la vallée, n’agit que par petites touches, celles qui se révèlent au fur et à mesure qu’on approche de ce nid d’aigle.

Dès avant l’arrivée à Toukaber, Chaouach apparaît sur la droite, prolongement quasi naturel d’un piton rocheux jailli d’une dense forêt d’oliviers répandue sur les flancs de la montagne. Jadis de la même couleur que le socle rocheux sur lequel il a été édifié, le village se détache aujourd’hui en blanc sur le fond couramment bleu du ciel qui lui sert de toile de fond. D’ici, les restes d’une enceinte de la citadelle byzantine qui, à l’époque antique tardive, protégeait l’endroit, ainsi que les parois extérieures des murs des constructions qui lui sont accolées donnent l’impression de puissants remparts que renforce la position avancée sur un éperon d’une petite mosquée trapue. Sur place, derrière ce rideau, on va, hélas, découvrir des locaux « modernes » d’une banalité affligeante. Mais on décèlera, autour de la petite mosquée, maints témoignages d’une organisation plus authentique de l’espace habité, avec l’intégration dans le bâti d’éléments architectoniques antiques : chapiteaux, futs de colonnes et des pierres taillées de diverses tailles, dont les impressionnants soubassements d’une enceinte fortifiée aujourd’hui disparue.

JAB 0004

En trainant en bordure du village au-dessus de la vaste cuvette qui accueille des plantations d’oliviers, mais surtout en se penchant par-dessus la balustrade en dessous du minaret, on éprouve une sensation indicible en repérant, émergeant des frondaisons, les contours bien nets de la partie supérieure d’une porte triomphale antique et, à près d’un kilomètre plus au nord-ouest, la forme d’un portique de même âge. C’est que Chaouach surplombe son aîné, Suas, dont elle a hérité le toponyme, légèrement modifié.

Vous ne trouverez nulle part, hors les atlas spécialisés, mention du site de Suas. Et pour cause : il est littéralement enfoui dans les frondaisons, à l’image des cités amérindiennes avalées par la jungle. Et s’y rendre est, certes, par endroits un exercice quelque peu sportif, par beau temps un véritable régal. Le champ de ruines est difficile à repérer. On le découvre une fois qu’on est dedans. Autant dire qu’il y a intérêt à se faire accompagner par l’habitant (une rare occasion de dépense en cet endroit dépourvu de tout). Chemin faisant et sur le site lui-même, ce ne sont que des éboulis. Seule la porte triomphale émerge, puissante, enjambant un cours d’eau réduit à un mince filet et encombré de gravats et de végétation sauvage. Derrière la porte, les captages de sources demeurés intacts en dépit des aléas du temps. Cet ensemble a été de l’époque de l’empereur Commode, vers l’an 180. Tout autour, des éboulis dans une clairière où émergent les soubassements de robustes murailles. L’unique autre monument resté debout et si bien conservé qu’on continue d’en faire usage est le portique situé à quelques centaines de mètres de là. Il enjambe en effet la seule piste caillouteuse qu’empruntent humains et bêtes pour se rendre à un abreuvoir ou « remonter » au village. Justement, ce village haut perché, on le voit nettement depuis ici, au bout de cette pente raide à laquelle s’accroche une véritable forêt de figuiers de barbarie qui déploient, en période de floraison, une véritable féérie de couleurs plus délicates les unes que les autres.

Balayant du regard ce beau panorama depuis cette dépression, portez votre vue sur les parois ocres qui bouchent l’horizon, côté est. Là, vous allez déceler des « yeux » creux ouverts sur l’infini de l’espace et du temps. Là, votre vue scrute un horizon encore plus éloigné, plus ancien, et qui remonte à la période où les premiers occupants de l’endroit, bien avant l’arrivée sur nos terres des Romains ou même des Phéniciens, aménageaient des caveaux à flanc de montagne pour accueillir les partants pour un monde qu’on dit meilleur. Oui, des caveaux funéraires, à l’origine scellés par des dalles qui les rendaient indétectables et les mettaient à l’abri des profanateurs. Mais le temps est si long. Cette nécropole se trouve à quelque 200 mètres dans le prolongement du village en direction de l’est. On y accédant, on découvre, certes, ces vestiges mais aussi l’un des plus beaux tableaux qui soient sur la vallée de la Medjerdah. Et, ici, le temps suspend réellement son vol. Au-dessus de l’éternité !

Reportage : Tahar Ayachi – Photos © Salah Jabeur
Article paru dans iddéco n°28 – Mars 2016

La rédaction décrypte pour vous les tendances déco du moment pour trouver l’inspiration. Retrouvez également les actualités autour de la déco.

Plus d'articles
Moucharabieh
ABITAdecò