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CHANTOURI
OU LE DERNIER DES HRAIRIAS

Chez les Chantouris, on est soyeux de père en fils, et même d’oncles en cousins. Une véritable dynastie qui, depuis trois ou quatre générations, plus peut-être, le dernier ne se souvient plus très bien, et n’a pas le même culte du souvenir que son père, une dynastie qui file, embobine, tisse, et entretient une culture de la belle ouvrage et du respect de la soie.

 

Lui, Moncef Chantouri, est tombé dedans quand il était petit, comme tous ceux du même nom. En sortant du kouttab, puis de l’école, les après midis, les weekends, à l’heure du déjeuner, c’est dans ces boutiques obscures, et chatoyantes de couleurs qu’il absorbait le métier. C’est en regardant travailler son père, et ses apprentis, en leur tendant le zonar ou le kanout adéquat, en tenant la navette, en démêlant un écheveau, en étant puni de la redoutable « falqa » parce qu’il avait tardé, ou qu’il avait abimé une pièce, qu’il est devenu soyeux, digne héritier de la tradition aristocratique des artisans des souks.

L’atelier est petit, mais il est à un jet de pierre de la Place du Château, et depuis trente ans, l’adresse est bien connue. Dans l’ombre de cette échoppe qui accueille deux frères, un apprenti, mais pas un fils, Abdelhamid  Chantouri reçoit jeunes stylistes et couturiers qui tous, désormais, s’inspirent des tissus traditionnels. Cela devrait en faire un soyeux heureux. Et pourtant Chantouri est morose. Le métier se perd, il ne bénéficie plus d’aucune aide ou soutien. Les matières premières qui étaient autrefois importées par l’office national de l’artisanat sont aujourd’hui en proie à un marché parallèle qui fait la loi. Obtenir une carte professionnelle relève du parcours du combattant. Les jeunes ne sont plus attirés par ce métier qui fut si noble et si florissant, et trouver un apprenti est une véritable gageure.

Lui, bien sur, a la chance d’être connu, de pouvoir exercer son métier dans de bonnes conditions, de créer de belles choses, de respecter les normes de qualité qu’exige la tradition. Ses sefsaris sont peut-être les plus chers, ils sont certainement les plus beaux. Quant à ses tissages, jamais il ne mélangera la soie venue de Chine à ces viscoses, « hrir ellouh », et autres matières douteuses dont les autres font leur pain quotidien. Lui mettra toute son énergie à créer des couleurs nouvelles, a adapter ses soies aux tissus d’ameublement, à répondre aux souhaits des jeunes postulants à la Khomsa d’or, et à participer assidument au salon de l’artisanat.

Mais pour la première fois, une tradition familiale de plus d’un siècle sera interrompue : le fils de Abdelhamid Chantouri ne sera pas soyeux. A moins que, bien sur, le destin…….

Texte : Alya Hamza – Photos : Samia Chagour Fronçon

Article paru dans iddéco n°27 – Décembre 2015

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