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Tableau final .(c) . Stoiff .

« Broderies de lumières » sous les lustres du Grand Hôtel

Latifa Hizem à Stockholm International Fashion Fair

La Stockholm International Fashion Fair (Stoiff), lancée en 2019 par Imane Belmkadem a récemment clôturé sa cinquième édition qui  a confirmé sa place parmi les grands évènements de mode dans le monde. Latifa Hizem ( Naksha Handcrafted) y était , invitée pour la troisième fois consécutive .

On se souvient de son défilé de 2020  «  Tunisie mon amour » et de celui de 2021 «  Carthage Legend ». Il convient maintenant célébrer le succès de celui de 2022 intitulé « Broderies de lumières ».

Cette année, les festivités avaient lieu dans le « Grand Hôtel », l’hôtel le plus prestigieux de Stockholm, crée en 1874 par Jean-François Régis Cadier. Les défilés des onze designers du monde invités (Suède, Algérie, Australie, Grande Bretagne, Italie, Maroc, Philippines, Roumanie, Slovaquie, Thaïlande, Tunisie) se déroulaient dans la «  salle des miroirs »  du « Grand Hôtel », une mini-Galerie des Glaces aux tonalités rouge et or.

C’est donc avec une évidence tranquille que Latifa Hizem avait composé une collection de sept modèles étincelants sous les lumières de la spegelsallen. Le défiléde Naksha Handcrated à la veille de la journée de la femme, mettait en scène des broderies anciennes sur des étoffes chatoyantes .Etoffes de couleur noire, vert et blanche, de différentes textures : drap, organza de soie, satin, crêpe de soie, velours, haïk …

La collection « broderies de lumières » est un hommage rendu aux femmes qui ont fait et font l’histoire de la Tunisie.

«  Quelles soient déesses, combattantes, icônes ou anonymes, artisanes ou artistes, à travers leurs mains jaillissent l’or et la lumière »  écrit Myriam Errais Borges. Les broderies anciennes utilisées proviennent de Tunis (broderies or et pourpre de la cour beylicale), de Mahdia, de Nabeul, de Hammamet et de Moknine, dont les artisanes avaient inventé une combinaison de bijoux et de broderies intimement liées en forme de plastrons.

Chacun des sept modèles présentés sur une musique de Nawel Ben Kraïem, comme dans tous les défilés de Latifa Hizem, raconte une histoire.  Dans l’ordre d’apparition  défilèrent les silhouettes aux noms choisis :

-Dihya : une guerrière à l’armure plastron tissée d’or et d’argent.  Quand l’organza le crêpe de soie et les broderies se marient avec douceur.

– Anissa : princesse ou déesse, elle est celle qui brille pour tous. La robe a été conçue pour Anissa Daoud, grande comédienne et réalisatrice pour la montée des marches à Cannes.

– Flavia : c’est à Carthage la magnifique que se raconte l’histoire de fil et d’or, avec son bijou Djerbien filigrané, intitulé « rbo3 eddenya », « le quart de vie ».  

-Soleil levant : sur nos rêves, l’Orient se brode de lumière. Quand les manches de la grande kmejja de Mahdia brodées d’or et d’argent habillent un kimono de crêpe et de soie.

 – Héra : aux jeunes femmes bien nées l’autorité est naturelle. Héra est une pièce spectaculaire, à la veste damassée et à la jupe brodée d’or et d’argent.

– Gaïa : en robe verte, et plastron doré, elle nous raconte la terre. Gaïa est apparue cachée par une cape de satin déposée ensuite, métaphore du changement de saison de l’hiver au printemps, d’un froid manteau à celui de l’éclosion de la verdure.

-Et le final, en tenue blanche, Athéna, guerrière de la lumière et protectrice des artisans et du tissage, apparue comme une reine, en haut de l’escalier, entourée de ses protégées, porteuses de bougies mordorées. Athéna portait une tenue de Haïk de Kerkennah et de Kairouan dont le bustier brodé est une pièce ancienne retravaillée sur la silhouette.

Accompagnée par Latifa Hizem pour défiler, l’apparition de cette dernière silhouette a fait sensation, contrastant par la couleur avec celles qui précédaient et complétant la collection.

La broderie s’apparente à l’art, représente le temps, et puise sa splendeur dans ce que la nature offre à l’état brut : coton, lin, soie, or, argent, corail, rubis. Dans la mémoire de l’humanité la broderie a orné et honoré les plus grands noms, les plus beaux intérieurs, les plus belles toilettes et flatté subtilement la jeunesse et la beauté des femmes et des hommes.

« Longtemps, dans la nomenclature des douanes, les broderies étaient listées au même titre que les pierres précieuses et les bijoux. La Tunisie, héritière de l’empire Carthaginois, a gardé dans ses traditions la passion des riches étoffes brodées inspirées de plusieurs civilisations. Elle les a assimilées, revisitées et en a fait des motifs identitaires de chacune de ses régions » nous rappelle Najla Chaar.

C’est tout le fil de cette histoire matrimoniale  et millénaire qui est raconté à travers broderies de lumières dans une savante chorégraphie.

 On peut remercier Latifa Hizem d’avoir porté avec délicatesse et excellence les couleurs de la Tunisie dans cette grande ville du nord, à la lisière du printemps, à l’heure où fond la glace.

Mais laissons place à sa poésie :

FIL DU TEMPS OU BRODERIES DE LUMIERES

Quand un fil de soie nous fait voyager,

Quand couleurs et éclats habillent nos passions,

Est-ce de l’Art ? Est-ce du Temps ?

Est-ce une façon de sublimer la Vie et ses Lumières ?

Qu’elles soient déesses, princesses, artistes ou artisanes,

A travers la broderie, elles se racontent.

Armées de subtils fils soyeux et délicats

Elles résistent au temps et l’immortalisent.

Du bout des doigts, leurs mains racontent.

Elles racontent une histoire sans fin,

Une histoire millénaire, une histoire de Femmes …

A la fois richesse, finesse, patience, passion, délicatesse et précision,

La broderie est l’expression de l’émerveillement des femmes de mon pays.

Appelez-les artisanes rurales, battantes ou mères-courage, brodeuses ou artistes,

Elles sont avant tout amoureuses de la Vie, indépendantes, libres et créatrices.

Latifa Hizem

(Stockholm Mars 2022)

Edia Lesage.

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