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BAL AU MUSEE

Les très vieux messieurs de Mahdia s’en souviennent probablement : jeunes adolescents, interdits de la fête pour cause d’âge tendre, ils regardaient par la fenêtre de la salle de bal valser les jeunes beautés de la ville, et n’apercevaient ,en fait, que les pieds agiles sur la mosaique de la fameuse Gorgone découverte à El Djem. Un siècle plus tard, la Gorgone est toujours là, et seuls demeurent les échos des fêtes révolues.

Blanche et pimpante, élégante et légère, réussissant à ne pas se laisser écraser par la présence massive de Skifa El Kahla, la porte emblèmatique de Mahdia dont elle est devenue le symbole, la façade néo-classique de l’ancien Hôtel de ville fondé en 1912, aujourd’hui transformé en musée, concentre, à elle seule l’histoire de la cité des deux mers. De par son emplacement d’abord : situé sur la frange de l’antique site punique, accolée à Skifa El Kahla, la seule porte que Obeida Allah El Mahdi donna à sa ville, et qui seule résista aux destructions espagnoles, ce bâtiment s’élève sur les vestiges d’un ancien fortin Ottoman, Borg Esseghir. Là sont passés Charles Quint, Darghouth Rais, mais aussi, bien avant, l’Homme à l’ âne.

 

 

C’est là, à la jonction de la médina et de la ville moderne, leur offrant une double façade et une double appartenance, que les français décidèrent d’édifier le premier bâtiment que l’on offre à une cité : l’Hôtel de Ville.

Outre les bureaux administratifs situés à l’étage, une grande salle permettait d’organiser fêtes et bals, puis d’accueillir des pièces de théâtres et différentes activités culturelles, avant d’ouvrir, en 1932 la première – et seule salle de cinéma – de Mahdia. C’est d’ailleurs sous le parquet de ce cinéma aujourd’hui disparu, et jamais remplacé, miraculeusement protégée par des décennies d’écorces de glibettes, que l’on retrouva la fameuse Gorgone dont personne ne savait plus ce qu’elle était devenue. Entre-temps, la mairie abandonna les locaux au milieu des années 80, le cinéma ferma, et l’on décida d’affecter les lieux à un musée. Les tractations furent longues et douloureuses. S’agirait-il d’un musée exclusivement archéologique, comme le prônaient les puristes, et l’encourageait la richesse du passé archéologique de la région ? Y introduirait-on une section d’art et de traditions populaires, comme semblait l’imposer la fécondité et la pérennité de l’art artisanal ?

Ou allait-on s’offrir le musée océanographique que méritait la découverte du trésor de l’épave gréco romaine ayant sombré au large de Mahdia, qui éblouit Cousteau, et fit dire aux spécialistes  que c’était la plus importante découverte artistique de l’archéologie depuis Pompéi et Herculanum ?

Le musée du Bardo hurla au sacrilège : ce trésor était national, et ne pouvait en aucun cas être exposé dans un musée régional. Il fallut des années de lutte et de tractations pour en obtenir quelques pièces

Tarak Ben Miled, qui signa l’architecture du musée, réussit quelques jolies performances : sauver beaucoup de choses de l’ancien bâti, dégager les vestiges des anciens remparts Fatimides, et en faire un élément de la conception architecturale, récupérer la fameuse mosaique de la Gorgone, et la placer en un élément central, créer une abside éclairée par la lumière zénithale, et ouvrir le musée sur Skifa El Kahla, rattachant ainsi le lieu à sa mémoire. Et surtout, il a réussi à imaginer un musée, dont ni le programme, ni le contenu n’étaient définis, et ne le sont d’ailleurs à ce jour. Mais si le musée de Mahdia est un véritable échec muséographique, il n’en demeure pas moins un lieu charmant, chargé de mémoire, et qui mérite que l’on aille en recueillir les souvenirs.

Texte : Alya Hamza

Nous remercions madame Olfa Mezioui dont la thèse sur « un musée à Mahdia » nous a fourni de précieux renseignements

Nous remercions également M. Tarak Ben Miled qui a bien voulu évoquer pour nous ses souvenirs     

Article paru dans iddéco n°12 – Mars 2012

 

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