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Department of Culture and Tourism Abu Dhabi Photo by Seeing Things Ismail Noor 1 1

Au Temps Des Chevaliers

A l’entrée de l’exposition Furûsiyya, l’art de la chevalerie entre l’Est et l’Ouest, deux somptueux chevaliers en armure, casqués, armés, parés se font face. L’un est ottoman et nous vient du XV e siècle, l’autre est européen et est arrivé un peu plus tard, au début du XVI e siècle. Tout le symbole est là : frères ennemis, mais frères d’armes.

Nous sommes au Louvre d’Abou Dhabi où se tient actuellement une magnifique exposition sur un art qui, au Moyen Age, confronta, affronta, mais aussi réunit sous les mêmes codes et les mêmes valeurs les peuples d’Orient et d’Occident. Ceux d’Irak, d’Iran, d’Egypte, de Syrie, et ceux des états de France et d’Allemagne. Cela sur une période allant du XIe au XVIe siècle.

La furûsiyya (de l’arabe faras, le cheval) est l’art de la chevalerie dans les pays d’Islam. De cet art, de ces modes de vie, de ces différences et de ces ressemblances, on n’avait souvent qu’un angle de vision. Bien sûr, Amin Maalouf avait éclairé un pan de cette histoire avec ses Croisades vues par les arabes, publié en 1983. Mais découvrir cette culture, cette civilisation, ces similarités de traditions de l’occident chrétien et de l’orient musulman, illustrées par des objets, des armes, des documents, des manuscrits, des tapisseries, est une passionnante expérience et une véritable immersion dans le temps et l’espace.

Le Louvre d’Abou Dhabi, dont on connait l’approche transversale de l’Histoire, en partenariat avec le musée de Cluny, le musée national français du Moyen Age et l’Agence France-Muséums offraient là une belle performance, didactique, savante, et visuellement éblouissante.

Plus de 130 objets avaient été réunis, pour leur caractère exceptionnel certes, mais aussi et surtout pour le témoignage qu’ils apportent sur les rencontres et les échanges entre ces deux univers. Echanges dont la plupart se faisaient aux points de contacts de ces aires géographiques :
le sud de l’Espagne, la Sicile, la Syrie. Echanges et similarités de la culture chevaleresque qui racontent ainsi que l’empereur Frederic II de Hohenstauffen était connu pour son intérêt pour la culture arabe dont il partageait la passion pour la fauconnerie. Que Berthe de Toscane offrait au calife abbasside des armes et des chiens, et qu’un souverain moghol envoya un guépard à un roi anglais. Ils racontent aussi que les Lusignan, famille originaire du Poitou qui donna plusieurs rois à Jérusalem et à Chypre, faisaient battre leur platerie en Syrie, que les épées avaient souvent une lame européenne et un pommeau mamlouk, qu’on avait adopté en occident le jeu d’échecs né en Iran, et que la fleur de lys avait été introduite par des sultans ottomans dans les arts décoratifs islamiques.

La scénographie de l’exposition se devait d’être à la mesure des éléments présentés, et réussir à moduler l’espace dont les dimensions et les hauteurs de plafonds auraient pu sembler écrasantes. Aussi a-t-on opté pour la mise en perspective par des regroupements de thèmes, des compositions d’ensembles, qui seyaient parfaitement à la structuration de l’exposition. Celle-ci se déclinait en fait en trois parties : la cavalerie, selles, harnachements, étriers, parures. Puis la joute, la bataille, les armes, les armures, les boucliers. Et enfin le mode de vie, les châteaux, l’art de vivre, les éléments de décoration.

De cette plongée dans le monde de la chevalerie, de cette mise en perspective jusque-là inédite, on en ressort avec la conclusion de l’historien Dominique Barthélémy : « Les chevaliers francs étaient à la fois trop réalistes sur le terrain et trop attachés à l’intérêt de leur classe pour ne pas se reconnaître dans le miroir de la Furusiyya ».

Rencontre avec docteur Soraya Noujaim ( Directrice scientifique en charge des expositions permanentes et temporaires, de la politique de recherche et de la politique d’acquisition du Louvre d’Abou Dhabi.)

Dans quel cadre s’inscrit cette exposition, et quelle est sa particularité ?

Furûsiyya est une des quatre expositions que programme chaque saison le Louvre d’Abou Dhabi dont c’est là la deuxième année d’activité. Elle durera jusqu’au mois de mai. Elle a pour thème la chevalerie d’Orient et d’Occident, avec pour fil rouge celui de cette institution : les échanges est-ouest, nord-sud. C’est la première fois que ces deux aires géographiques et historiques, souvent étudiées et appréhendées de façon indépendantes, sont présentées au public côte à côte, avec une mise en valeur des points communs et des différences.

Vous avez réuni des pièces inédites et exceptionnelles.

Il y a là un ensemble de 130 pièces qui toutes racontent une histoire. Les pièces phares sont certainement ces armures pour le montage desquelles nous avons fait appel à un sculpteur animalier. L’armure ottomane, constituée de plaques articulées qui permettent une amplitude de mouvements, est extrêmement rare. Il doit en exister une vingtaine dans le monde. Il faut aussi remarquer un miroir reproduisant une scène de fauconnerie, un thème emblématique des émirats et que partagent l’est et l’ouest.

Quelle est la provenance de ces pièces ?

Il y a celles qui appartiennent aux collections du Louvre d’Abou Dhabi. Et puis il y a les prêts des musées français selon un accord gouvernemental. Treize institutions gouvernementales y participent parmi lesquelles la Bibliothèque Nationale de France qui a mis à disposition des manuscrits inédits. Mais au-delà, le Louvre mène une politique de partenariat avec différents musées de la région : la Jordanie, le sultanat d’Oman, l’Arabie Saoudite. Et nous présentons des œuvres empruntées aux musées partenaires. Par ailleurs la collection grandit. Nous poursuivons notre politique d’acquisitions orientée sur les échanges interculturels et le dialogue des formes.

Là est l’ADN du musée du Louvre Abou Dhabi ?

Le Louvre Abou Dhabi a choisi d’aborder les grandes ruptures de l’histoire de l’art par la mise sur un même plateau d’œuvres issues de périodes et d’aires géographiques différentes. A travers la mise en regard des œuvres, on invite le public à se poser des questions. Il est fondamental de développerune politique forte de recherche qui permette de devancer ces questions et d’y répondre, car un musée n’est pas seulement une salle d’exposition.

Quelles seront les prochaines expositions programmées ?

La prochaine sera consacrée à la thématique de l’artiste par rapport au cinéma, et à un artiste en particulier : Charlie Chaplin.

Nous sommes un musée universel, nous souhaitons créer une appétence, fidéliser notre public. Je suis très fière de constater que cette année, la fréquentation des expositions temporaires et celle des expositions permanentes commencent à s’équilibrer. Au-delà du bâtiment qui est une œuvre d’art, au-delà du discours novateur, le fait de pouvoir développer des thématiques dans des expositions temporaires donne du champ à la demande.

La saison prochaine sera dynamique, variée, créative, avec différents médiums.

Texte : Alya Hamza
Article paru dans iddéco n°43 – Mars 2020

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