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A Salambô
Dar Lella Chedlya

Nous sommes au pays de Flaubert, dans ce Salambô à l’atmosphère si particulière, d’un romantisme  délicieusement désuet, que n’ont pas encore atteint les éclats du snobisme nord banlieusard. Les Ports Puniques qui virent arriver la flotte d’Elyssa la princesse fugitive, n’auraient pas beaucoup changé si on ne voyait s’élever la structure incongrue d’un bâtiment insolite et barbare. Ici, les maisons sont souvent anciennes, un peu décaties, les jardins sont sauvages et échevelés. On découvre, au détour d’une rue, quelques petits bijoux d’une époque révolue, des architectures coloniales ou arabisance toutes de grâce et d’élégance. Il règne ici, une atmosphère mélancolique, surannée, dont on comprend qu’elle ait pu séduire Pascal Prieur, et le retenir pour le meilleur et pour le pire. Car cet amour pour Salambô, et pour le palais qu’il a entrepris de rendre à la vie, en lui restituant lustre et somptuosité, a fait vivre à cet homme d’affaires français les plus rocambolesques des aventures. Aujourd’hui, avatars oubliés, difficultés surmontées, mauvais souvenirs occultés, il a décidé de ne garder que le meilleur : une sublime demeure, toute d’élégance et de raffinement, qu’il se propose de partager puisqu’il souhaite en faire une maison d’hôte, un lieu de rencontre et de convivialité, un espace ouvert aux arts et à la culture.

 

L’histoire des maisons n’est pas qu’affaire de cadastre, elle raconte aussi des rêves, des alliances, des querelles, des espoirs. C’est  en 1926 que Lella Chedlya, troisième épouse de Mohamed El Habib Bey, père de Lamine Bey, dernier bey régnant de Tunisie, acquit cette parcelle du jardin du palais Khaznadar, aujourd’hui école des cadres supérieurs de la police. Le ministre Khaznadar avait pour projet de faire de son palais édifié en 1845 un petit Versailles, et avait invité un jardinier français à en dessiner les parterres. Certains arbres doivent probablement, dater de cette époque. Lella Chedlya offrit la maison à sa fille, Lella Fatma, épouse de Ahmed Caïd Essebsi.

à la mort prématurée de celle-ci, la maison fut vendue à un grand propriétaire terrien dont l’épouse, raffinée et élégante, sut insuffler une âme nouvelle à la demeure. Longtemps plus tard, Pascal Prieur qui avait passé 23 ans en Algérie durant les années de braise, décida de s’installer sur les calmes rivages de Salambô, et acquit cette demeure qui avait certes, souffert du temps qui passe, mais au charme de laquelle il était difficile de résister. Douze années durant, il travailla à lui rendre vie, avec passion, patience et savoir-faire avec la complicité de l’architecte Wadi El Euch et l’architecte d’intérieur Rym Menchari. Choisissant la meilleure école qui soit, il sillonna la médina deux années durant, un compas dans l’œil, relevant proportions, nombre d’or, harmonies et équilibres. Avec l’aide de spécialistes dont il sut s’entourer, il sauva de la destruction céramiques anciennes, pavements de « blat », plafonds peints, colonnades. Connu comme le loup blanc, on l’appelait dès qu’une demeure menaçant ruine allait s’effondrer, ou qu’un palais allait être démoli.

Aujourd’hui pratiquement achevée, la demeure s’élève au bout d’un jardin faussement échevelé, où les essences locales se mêlent harmonieusement à certaines plantes venues de Sicile. Un chemin d’eau, rappelant les jardins moghols, offre une parfaite symétrie à la perspective. Construite au début du siècle dernier, la maison déploie ses terrasses vers le port punique. La bâtisse d’origine, massive et carrée, a été allégée par une façade avancée de superbe effet. On en a respecté le style, mélange subtilement harmonieux d’ornementations traditionnelles, d’influences italianisantes, ottomanes ou coloniales. Un temple romain aux magnifiques chapiteaux corinthiens, aux frises superbes, découvert sur les terres agricoles de l’ancien propriétaire, avait été remonté sur la terrasse dans les années 70, et justifie à lui seul la visite des lieux, magnifique exemple de préservation réussie.

Raconter ou décrire les détails de cette maison qui relève davantage de l’amour que de la raison semble chose difficile. Quand on sait que les travaux ont duré douze années, que la restauration des marbres, des boiseries, des faïences ont nécessité l’installation d’ateliers sur site, et qu’ils ont été menés parallèlement aux travaux de gros œuvre. Que le travail de calepinage, véritables mosaïques artistiques, celui du stuc, dentelle aérienne d’un artisan poète, a exigé recherche, patience et constance, on ne sait par quel bout commencer.

Par les sols, peut être, pour lesquels l’architecte d’intérieur a inventé d’étonnantes compositions de marbres et de céramiques anciennes. Par les plafonds, où des boiseries kairouanaises rivalisent avec des compositions andalouses. Par les lambris muraux où les carreaux séculaires s’harmonisent en de somptueux patchworks. Par les ferronneries, confiées à un médecin qui abandonna la médecine et se découvrit un magnifique talent de forgeron.

Sans occulter pourtant les mille et un coins et recoins de cette maison, accueillante et secrète à la fois, ouverte et préservée, toute d’ombres et de lumières. Le « qbou » traditionnel a été percé d’une baie vitrée donnant sur le jardin. Un escalier en colimaçon, permet d’accéder du bureau à une terrasse arborée, dominant une vue imprenable sur les ports puniques. Là, entre ciel et mer, dans une atmosphère délicatement rafraîchie par brumisateurs, sur un fond de musique diffusée, on peut imaginer recevoir Salambô telle que Flaubert l’inventa.

La cave, quant à elle, offrira les plaisirs d’un home cinéma.

Pascal Prieur, esthète et collectionneur, a réuni en Algérie, un ensemble superbe de meubles syriens, miroirs, guéridons, banquettes, et bureaux en marqueteries de nacres aux délicates volutes. Une fois installés, ils rendront au palais l’esprit qui a présidé à sa création.

Comme tout passionné perfectionniste, le propriétaire des lieux a peine à s’avouer son œuvre achevée. Et si, à l’aune de notre regard et de notre impatience, elle semble prête à accueillir les visiteurs, lui souhaite se donner encore quelques mois pour parachever les détails. Il promet, néanmoins, d’ouvrir ses portes au printemps prochain.

Témoignage de Rym Menchari, architecte d’intérieur

Lorsque Monsieur Prieur a sollicité mes services et m’a présenté son projet, je ne pouvais pas décliner son offre. En effet, son amour des voyages et sa passion pour l’art, ont fait que peu à peu une réelle complicité et une relation d’amitié s’est créée entre nous. Pendant de longues heures, nous partagions nos idées tout en répertoriant et en triant avec minutie tous les matériaux et objets accumulés par le maître d’ouvrage pendant de longues années.

Ce fut un travail fastidieux mais un véritable bonheur de créer les différents espaces à l’intérieur de la bâtisse en fonction des matériaux et de leur histoire. Je tenais à mettre une touche féminine et de légèreté dans toutes les pièces de la maison. Chaque salle de bain a été créée de façon à mettre l’accent sur le raffinement des matériaux, par thème de couleur en incrustant de la céramique ancienne dans du marbre blanc en forme de dentelle. Je ne souhaitais pas retranscrire ce qui existait déjà dans les anciennes maisons tunisiennes, mais innover afin d’alléger cette décoration traditionnelle tout en donnant une nouvelle vie à ces matériaux.

L’extérieur est une invitation au rêve et un tremplin à l’imagination. En se promenant dans les jardins, on peut découvrir plusieurs bassins avec des incrustations de Kedhel et de carreaux de mosaïques multicolores. Ces bassins inspirent la légèreté et donnent de la fraîcheur à l’extérieur pendant les soirées d’été.

En continuant notre promenade nous pouvons découvrir des éléments décoratifs, des colonnes, des arcs, des banquettes, le tout en marbre, pour rompre la monotonie du champ de vision du visiteur et pour retenir son attention.

Pour finir, je voulais souligner le fait qu’un projet de cette envergure et fait avec minutie, marque la carrière d’un architecte d’intérieur et c’est pour cette raison que je ne serais jamais assez reconnaissante à Mr Prieur de m’avoir donné cette opportunité.

Texte : Alya Hamza 
Article paru dans iddéco n°37 – Juin 2018

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