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A NABEUL
Dar El Gaïed

C’est une de ces demeures secrètes, à la longue et belle histoire. Les murs recouverts de lambris en racontent, à qui sait les écouter, les vies successives, les histoires de famille, les alliances, les fêtes, les joies et les peines. Celle-ci est particulièrement bavarde, et a de nombreux souvenirs à partager. Car dans ces demeures, on ne fait pas que passer. On partage, ne fut ce qu’un moment, l’âme et l’esprit des lieux. 

Nous sommes au cœur de la vieille ville de Nabeul, à une encablure de la scala, à l’orée du souk el blaghjias. Derrière une grande porte, un somptueux jardin surprend le visiteur. Là poussent, dans une profusion sauvage, bougainvilliers fous, bigaradiers prolifiques, jujubiers échevelés, et le plus grand araucaria de Nabeul, plus haut que celui de la jarre emblématique de la ville. Là encore, dans ce jardin hors du temps, chante une fontaine, se déploie un ravissant kiosque à musique, vous invite à la paresse un élégant salon de plein air. Tous gardent la trace d’une aïeule qui aimait à venir au jour tombé, ou encore les souvenirs de grandes tablées familiales, de joyeuses retrouvailles amicales, ou de réunions plus formelles.

Dans la ville, la maison est connue sous le nom de « Dar el Gaïed », ayant appartenu au caïd Ahmed Maamouri, haut dignitaire du début du siècle. Ce notable, resté dans les annales comme le premier sadikien du Cap Bon, acquit en 1910 cette demeure appartenant à un colon, et s’appelant à l’époque Villa Marine. Personnage de grande culture, raffiné, élégant, passionné d’architecture, il passa une vie à aménager et décorer cette demeure, sans pourtant l’habiter tout au long d’une carrière professionnelle nomade. Ce n’est qu’à la fin de son parcours qu’il put enfin y vivre et poursuivre ses aménagements, souvent inspirés de ses voyages de découvertes.

Aujourd’hui, trois générations plus tard, les héritiers ont choisi de partager cette demeure aux strates si riches, et de l’ouvrir au public en faisant une maison d’hôtes. Mais une maison pas comme les autres, car on souhaite qu’elle continue de raconter des histoires. L’importante bibliothèque de Caïd Maamouri, ainsi que celle de son neveu l’ambassadeur Mahmoud Maamouri, homme de vaste culture, les archives et photos de la famille, les collections de céramiques anciennes, ainsi que la magnifique exposition de porcelaines peintes à la main de la fille du Caïd, Sara Maamouri, en fournissent la matière et donnent une vocation culturelle et artistique à la demeure. La bibliothèque, un des hauts lieux de la maison, sera ouverte aux étudiants et aux chercheurs. Les photos anciennes, qui toutes relatent un pan de l’Histoire de la ville et du pays, seront encadrées et commentées. Les personnages qui ont visité le lieu seront présentés, leur parcours, leur œuvre relatés, leurs écrits proposés. Le four à céramique de Sara Maamouri sera mis à la disposition de ceux qui voudront être initiés à l’art de la poterie. De même d’ailleurs que l’on invitera le visiteur curieux des traditions à s’initier à l’art de l’alambic et de la distillation des fleurs d’oranger ou d’ églantines, emblématique de la région.

Dar El Gaïed, cependant, s’est agrandie pour les besoins de sa nouvelle vocation. Grâce à la subtilité de ses propriétaires, et au génie des artisans de Nabeul qui, tous, se sont faits partie prenante de cette aventure, il est difficile de distinguer la partie ancienne des ajouts récents de la maison. Carreaux faits main, ou magnifiquement restaurés, tour de portes de pierre taillée, récupérés ou reproduits, boiseries à l’identique, créent une belle unité et une harmonieuse cohérence. Les chambres rendent hommage à ceux qui y ont vécu : beyt el gaïed, beyt Sara, beyt el bnat, et même beyt Khocha, le dévoué factotum de la grand-mère. Mais aussi « l’espace des miss », parce qu’en 1938, le caïd y recevait toutes les Miss de beauté de France, ce qui agita passablement la ville.

Outre la bibliothèque et les différents salons, Dar el Gaïed s’offre un hammam ainsi qu’une salle de conférence et de projection. Une piscine à débordement réussit à se faire discrète dans le jardin, et la chambre du vieux gardien est devenue un bar qui porte son nom, Bar Mokhtar, hommage au saint homme qui était pourtant fort sobre. On y trouve des collections de bouteilles d’alcools et de liqueurs anciennes, une cheminée accueillante, et une fort jolie vue sur le jardin. Les terrasses dominant la ville, révèlent un solarium et un jaccuzzi, ainsi qu’une somptueuse suite pour ceux qui aiment prendre de la hauteur.

A Dar el Gaïed, on vous propose de vivre différemment, de partager la vie et les souvenirs d’une famille liés à ceux d’une ville, de vous faire, le temps d’un passage privilégié, partie prenante d’un art de vivre oublié, d’un parfum éthéré, d’une musique d’un temps passé.

Texte : Alya Hamza – Photos : Salah Jabeur

Article paru dans iddéco n°36 – Juin 2015

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