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Dar Anita3

A Djerba
La renaissance d’un houch

Dans un quartier résidentiel de Houmtsouk, un « houch » traditionnel a été restauré et réinventé selon les besoins contemporains de la propriétaire Anita qui, avec l’aide de Dhaou, le maître d’œuvre, en a fait un lieu de vie modulable selon les usages, les occupants, les saisons… Une maison où les souvenirs glanés lors de ses séjours en Syrie, Tunisie, Italie, Maroc, ses voyages au Mali et en Amérique latine, reconstituent un univers personnalisé, riche d’amitiés et de rencontres avec des artistes, des artisans, des objets…

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Découverte

C’est lors de son séjour à Tunis où elle s’occupait de coopération culturelle franco-tunisienne, qu’Anita a découvert Djerba. Sensible depuis toujours aux arts traditionnels, cette toute jeune et énergique sexagénaire a rencontré dans cette île pétrie d’histoire des potiers, bijoutiers, vanniers, tisserands héritiers d’un savoir-faire local tout à fait spécifique. Accueillie en 2005 dans une maison djerbienne du village d’Erryadh, elle s’est passionnée pour cette architecture qui évoquait les formes simples des bâtiments de terre qu’elle avait connus en Syrie ou au Mali.

L’idée lui est venue de s’investir avec modestie dans la restauration d’une de ces maisons qui allait devenir pour elle une base de vie, à deux heures et demi de Paris. C’est ainsi qu’elle dénicha à Houmtsouk, la capitale de l’île, un « houch » bourgeois du début du XXe siècle, resté « dans son jus » et abandonné depuis une quinzaine d’années au milieu d’un terrain de 1000 m2. L’idéal pour donner libre cours à ses envies pour restaurer et réinventer un espace où elle pourrait accueillir ses amis et sa famille.

 

Un travail au long cours

Avec ses banquettes intégrées, le patio, cour carrée de 10 m de côtés, constitue le cœur battant de la demeure. C’est lui qui donne accès aux lieux de vie.

En dehors de l’aile de réception, la plus récente, le bâti était très dégradé. Il s’agissait de développer des modules aux fonctions complémentaires, selon le concept de l’architecture traditionnelle :
une aile de réception avec cuisine, salon, salle à manger ; un appartement privé avec chambre, salon, bureau, atelier et salle de bain ; trois chambres d’invités avec leurs salles de bain et un espace convivial avec piscine et jardins, intégrant les palmiers déjà existants.

C’est un maître-artisan chevronné, Dhaou, qui s’est attaqué au chantier. En tout, huit ans de travail en étroite coopération avec Anita, avec périodes de tests et phases de gestation. Les amis, architectes, artistes ou décorateurs de passage contribuèrent également à l’évolution du chantier en y suggérant quelques bonnes idées…

La conception de la maison avec ses nouvelles circulations a ainsi été élaborée au fur et à mesure de l’avancement des travaux. Les deux ailes et la tour centrale, complètement écroulées, ont été reconstruites avec des arches en pierre typiquement djerbiennes, une cuisine, des salles d’eau confortables avec lavabos creusés dans la pierre, portes, fenêtres et fers forgés chinés chez des brocanteurs locaux. Combinant tous les talents, Dhaou a également réalisé la piscine qui contourne l’ancien puits et surtout les deux cheminées conçues selon des formules dont il a le secret.

Chaleur et convivialité

Dans l’aile préservée, des ouvertures ont été creusées pour circuler entre la cuisine, le salon et la salle à manger qui peut accueillir aisément une douzaine d’invités. Sous les voûtes d’origine du salon trône une cheminée, présence chaleureuse et conviviale dès les premiers frimas.

Dans son aile élargie surmontée de trois voûtes, Anita peut se replier « chez elle » entourée de ses livres, musiques et souvenirs. Elle dispose aussi d’un atelier équipé d’une kitchinette. L’hiver, la cheminée dispense une agréable chaleur ; l’été, la circulation de l’air et l’accès direct à la piscine lui garantissent une fraîcheur bienvenue.

Sous une coupole éclairée d’un globe ajouré de Guelala, un nuage peint voisine avec un mur de photos de famille et un portrait de femme, une peinture de l’artiste syrien, Fateh Moudarres.

La politique des coups de cœur

Sans souci de style ou d’harmonie de couleurs, l’aménagement des espaces évolue selon les coups de cœur d’Anita. Elle a réuni les meubles, banquettes, sièges, coffres, tapis, tissages et objets chinés dans les souks de Damas, Tunis ou Djerba, et même de son Alsace natale dont elle a rapporté la table de cuisine, récupérée de l’auberge des grands-parents ou les draps de lin brodés devenus des rideaux.

Meubles damascènes, incrustés de nacre, commodes marquetées, cuivres et brocards précieux, soieries d’Alep se mêlent aux tissus locaux, meubles peints, fauteuils retapissés ou sièges design, formant un bric à brac harmonieux. Des kilims brodés d’Afrine (Nord de la Syrie) posés à côté de tapis berbères et les tapis d’Orient, Kachkaï et Malaïr, couvrent les sols laissés en béton à l’état brut.

Le règne de l’art populaire

Dans les jardins, sur les murets, dans les niches, des pierres insolites, coquillages et bois flottés meublent un petit peuple d’animaux en bois ou terre de Sejnane, de marionnettes dénichées à La Goulette et de tortues insolites portant des casques militaires en guise de carapaces de Taïeb Belhadj Ahmed.   

Aux murs, figurent les peintures des artistes amis et des « fixés sous verre » tunisiens montrant des scènes de l’imagerie populaire : le Bourak, Antar et Abla, l’Arche de Noé, Ali et Rass el Ghoul, Sidi Abdelkader…

A la saison chaude, les lieux de vie migrent dehors. On y déguste la fraîcheur de la piscine, l’ombre des palmiers, la douceur des banquettes. C’est là qu’Anita trouve son cinéma des nuits d’été. La tête posée sur un coussin moelleux, elle y paresse, fascinée par les sublimes ciels étoilés de Djerba dans ce carré parfait déterminé par l’architecture du lieu.

Texte : Amélie Duhamel – Photos : Salah Jabeur

Article paru dans iddéco n°33 – Juin 2017

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